> Culture > Par Robert Paret : Hector Hyppolite, victime d’une ignominie

La société et tous ceux qui ont à charge de pérenniser le souvenir de nos grands hommes lui doivent honneur et respect.

Par Robert Paret : Hector Hyppolite, victime d’une ignominie

Hector Hyppolite a été et demeure le plus connu, le plus célèbre des artistes haïtiens

Publié le samedi 12 octobre 2013

« Hector Hyppolite a été et demeure le plus connu, le plus célèbre des artistes haïtiens. En janvier 1948, Hyppolite eut l’honneur d’être le premier des artistes du « Centre d’Art » à avoir pour lui seul, une exposition à New York. »

S’il était encore de ce monde, Hector Hyppolite ne rechignerait nullement de vivre dans cet espace où sied actuellement son buste, dans cet environnement où le décor ressemble étrangement à celui des quartiers de son patelin de Montrouis : machann manje kuit, petits détaillants, vendeurs de pacotilles, marchands de zagribay, cireurs de chaussures et autres. Dans cet étalage d’activités diverses qu’entourent des panneaux publicitaires annonçant : spectacles, soirées dansantes ou kanbiz. Il se sentirait comme pwason nan dlo, dans cette ambiance qui fait le charme de lavi andeyò. C’était là son monde à lui, son lakou . Cependant, depuis que l’histoire s’est emparée de sa personne pour en faire une icône de la peinture haïtienne et qu’il s’est vu auréoler de l’onction de la gloire, il a transcendé la dimension du commun des mortels pour devenir une référence, un mythe dont l’image ne saurait convenir à pareille dégradation.

La société et tous ceux qui ont à charge de pérenniser le souvenir de nos grands hommes lui doivent honneur et respect.

C’est en signe de reconnaissance, que la commission présidentielle pour la commémoration du deux-cent-cinquantième anniversaire de la fondation de la ville de Port-au-Prince avait voulu lui rendre hommage en 2008, à l’occasion du soixantième anniversaire de sa mort ( 1888- 1948). A cette occasion, un buste à son image, réalisé par le sculpteur haïtien Ludovic Booz, fut installé dans un square situé à l’angle des rues Martin Luther King et Lamartinière, dans un quartier résidentiel qui s’oppose à la sobriété des logis de son village natal. Depuis lors, il trône sur un simple piédestal de ciment blanchi à la chaux, sous l’œil indifférent des passants et des habitants de la zone qui, peut-être, s’interrogent sur cet illustre inconnu au visage osseux et aux cheveux soigneusement cirés. Noyée dans ce banal décor, sa statue s’est peu à peu dérobée aux regards, jusqu’à sombrer dans un mépris presqu’absolu.

En dépit de tout, les amants de l’art gardent de lui de précieux souvenirs. Telle l’anecdote, rapportée dans le livre du Dr.Michel Philippe Lerebours Haïti et ses peintres, qui relate la rencontre en 1943, à Montrouis, de l’artiste et de Dewitt Peters. Suite à cette rencontre, le fondateur du « Centre d’Art » arrive à le convaincre de venir s’installer à Port-au-Prince. Cette décision, il l’avait prise après une vision mystique au cours de laquelle ses dieux lui auraient prédit qu’un homme venu de l’autre côté de la mer, lui achèterait cinq de ses peintures et que cela changerait le cours de son existence. En 1945, Wilfredo Lam, peintre cubain de passage en Haïti au cours d’une tournée dans la Caraïbe avec André Breton, grand prêtre du surréalisme, acheta deux tableaux. Breton (était-il au courant du songe de l’artiste ?) en acheta cinq à huit dollars pièce, afin de les emporter à Paris. On prétend qu’il aurait dit : « Ceci devrait provoquer une révolution dans la peinture française qui en a grand besoin. »

Ceux dont la culture a permis de ne pas oublier s’émeuvent encore au souvenir de son triomphal succès durant sa brève carrière de trois ans (1945- 1948). En conséquence, ils ne peuvent que déplorer qu’un tel affront soit fait à cet artiste dont la renommée dépasse nos frontières. Ceux qui connaissent, tant soit peu, l’histoire de la peinture haïtienne pensent que l’Etat haïtien devrait lui dresser une couronne de lauriers, en attendant qu’il rentre, comme tous les grands hommes de cette terre, dans le panthéon que doit leur ériger la nation haitienne.

Le Dr. Michel Philippe Lerebours nous présente le personnage en ces termes : « Hector Hyppolite a été et demeure le plus connu, le plus célèbre des artistes haïtiens. En janvier 1948, Hyppolite eut l’honneur d’être le premier des artistes du « Centre d’Art » à avoir pour lui seul, une exposition à New York. » Et Lisa Bastien de renchérir en 1954 : « Toute étude relative aux peintres haïtiens doit commencer et parfois se terminer par Hector Hyppolite, le maître reconnu d’eux tous. » En octobre 1973, à l’occasion d’une exposition organisée par le Musée d’Art haïtien pour commémorer le vingt-cinquième anniversaire de sa mort, Le Nouvelliste faisait de lui « …le plus grand, sans doute de nos peintres naïfs. »

Le président John Fitzgerald Kennedy disait : « Une faute devient une erreur quand elle n’est pas corrigée ». Il est encore temps de corriger cet impair.
Pèlerin, octobre 2013

Robert Paret- paretrobert@yahoo.fr