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Haïti-Culture

Voyage dans les méandres de l’ignominie

Critique du dernier film de Rachèle Magloire et de Chantal Regnault

Publié le lundi 29 avril 2013

Alors que les frontières se referment sous le poids de crises socio-économiques mondiales et qu’une poussée de mouvements réactionnaires déferlent de part et d’autres de la planète, Rachèle Magloire et Chantal Regnault nous permettent une incursion exceptionnelle dans une réalité humaine insoupçonnée et déchirante, celle des expulsés d’origine haïtienne du Canada et des États-Unis dans « DEPORTED ».

Tout en finesse, ce documentaire coup-de-poing ne fait pas de manière pour nous arracher un étonnement, un fou rire ou une larme. Avec aplomb, « DEPORTED » nous révèle ce que nous n’osions imaginer : la misère humaine d’individus écrasés par la rigueur institutionnelle occidentale et les préjugés indéboulonnables de la terre natale.

Ce film bouscule à travers ses nombreuses questions. Notamment vis-à-vis de la pertinence voire la désuétude d’une méthode judiciaire impitoyable et virtuellement sans appel. Est-ce juste de prendre un être humain qui a purgé sa peine et qui n’a, pour ainsi dire, aucune attache à sa terre ancestrale et de l’y abandonner à la merci de l’inconnu ?

Y va-t-il de la responsabilité d’Haïti et des autres pays du Tiers-Monde de gérer de purs produits des sociétés occidentales ? Une horde de gens avec, pour la plupart, d’importants problèmes de toxicomanie et de santé mentale ?

Où vient se loger la notion même de rédemption dans ce maelstrom d’intransigeance ?

Sans compter, les vies brisées, les familles éclatées.

Ceux qui ont pu et qui ont voulu témoigner dans ce film nous montre le visage de l’échec des systèmes correctionnels occidentaux mais aussi la quête perpétuelle de ces damnés, de leur réhabilitation et de leur dignité. Le film ne fait pas mention des cas les plus lugubres d’individus hautement criminalisés qui, une fois en Haïti, prennent en charge des réseaux crapuleux. À tout le moins, cet aspect aurait pu y être très valablement dénoncé.

Mais au bout du compte, « DEPORTED » est une réflexion sur la condition humaine face au mantra sempiternelle de la loi et l’ordre. Une fable surréaliste sur les notions de crime et de châtiment.

« DEPORTED » a été présenté en première du festival Vues d’Afrique ce dimanche 28 avril 2013 au Cinéma Ex-Centris de Montréal – Une nouvelle représentation est prévue à la même salle ce Vendredi 3 mai 2013 toujours dans le cadre de ce même festival. À voir absolument.

Harold Isaac