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La célèbre conteuse haïtienne Mimi Barthélémy est morte

Véritable porte-drapeau de son pays en France, l’épouse de feu Gérard Barthélémy, qui a succombé samedi à un arrêt cardiaque, a laissé à jamais ses empreintes sur la littérature enfantine et énormément contribué à la sauvegarde du patrimoine mythologique d’Haïti, fondé sur l’univers fantastique des traditions orales

Publié le samedi 27 avril 2013

La célèbre conteuse, écrivain et dramturge haïtienne Mimi Barthélémy, qui symbolisait en France la voix des traditions orales d’Haïti, est décédée samedi dans l’hexagone des suites d’une crise cardiaque, à la veille de ses 74 ans, ont annoncé ses proches.

Née le 3 mai 1939 à Port-au-Prince, l’artiste, qui évoluait constamment aux frontières de l’interculturel, portait jusqu’à son dernier souffle l’imaginaire explosif et l’identité rebelle de son peuple en dépit de plusieurs décennies d’expatriation l’ayant conduite aux quatre coins de la planète.

Epouse de feu l’écrivain et anthropologue français Gérard Barthélémy, lui-même rendu célèbre par ses essais sociologiques et historiques sur Haïti dont Le pays en dehors, Mimi Barthélémy a fait ses études universitaires en France, un pays resté depuis son lieu d’ancrage professionnel.

Cependant, ne cédant rien à la sédentarité, l’éternelle voyageuse a roulé sa bosse partout et vécu au nom de la mémoire d’Haïti des expériences artistiques fantastiques en Amérique du Sud, au Sri Lanka, au Magrheb et même au Honduras. Dans cet Etat d’Amérique centrale, elle a contribué pendant un an, entre 1979 et 1980, à la restitution, à travers un spectacle, de l’histoire des Garifunas, les indiens caraïbes noirs qui avaient tout oublié de leur passé à cause du traumatisme de la déportation de leurs ancêtres, au 18ème siècle.

En France, après des études doctorales portant sur le « théâtre de l’identité dans les minorités », l’épaisseur de sa production et l’ultra-mobilité de son art rencontrent la reconnaissance du public et sa notoriété fait d’elle une référence dès qu’il s’agit d’Haïti. Intervenant souvent dans les médias, la conteuse, chanteuse et interprète se produit aussi à un rythme effréné sur les planches des grands festivals, dans les bibliothèques, mais aussi dans des univers surprenants tels les appartements, les centres de détention et les hôpitaux.

Auteure de nombreux ouvrages qui tiennent leur originalité d’un savant métissage linguistique créole/français, Mimi Barthélémy a notamment publié La reine des poissons, qui lui a valu le Becker d’or en 1989, en duo avec l’illustre guitariste haïtien Amos Coulanges au 3e Festival du café théâtre francophone à Evry, en France ; La dernière lettre de l’Amiral, Prix Arletty de l’universalité de la langue française, en 1992, Tézin le poisson d’eau douce (1994), Contes diaboliques d’Haïti (1995), Haïti, la perle nue (1999), en collaboration avec son mari Gérard décédé en 2007, Gwodada le monstre (2004), Le lion qui avait mauvaise haleine (2006), Crapaud et la clef des eaux (2007) et Contes d’Haïti (2011).

La disparue a aussi écrit des pièces de théâtre et des nouvelles.

Cette femme combien chaleureuse, mère de la plasticienne et scénographe Elodie Barthélémy, a été élevée en France au grade de Chevalier de l’ordre national du mérite, en 2000, et en 2001 à celui d’Officier de l’ordre des arts et des lettres.

Personnage d’une rare générosité, Mimi Barthélémy aura consacré toute sa créativité, son humour et son énergie à enrichir le monde merveilleux, indispensable à l’épanouissement des enfants, et s’est imposée, au fil du temps, comme la gardienne du patrimoine de la société traditionnelle haïtienne, maintes fois menacée dans sa fécondité par les artifices de la civilisation postmoderne. spp/Radio Kiskeya