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Haïti - ONU - Choléra

Le ministre des Affaires Etrangères doute de l’origine népalaise du Choléra

Pour mémoire, nous soumettons à nos lecteurs cet intéressant article du journal français le Monde sur des recherches européennes, haïtiennes et américaines prouvant l’origine asiatique du virus du choléra introduit par les soldats népalais de la MINUSTHA, bataillon basé dans le département du Centre, proche du fleuve Artibonite, massivement contaminé par le virus du choléra

Publié le mercredi 24 octobre 2012

NDLR - Le gouvernement Haïtien n’interviendra pas auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour obtenir justice et réparations pour les 7000 morts et les près de 700,000 personnes qui ont été hospitalisées à cause de l’épidémie du choléra introduite en Haïti par le bataillon népalais de la MINUSTHA. C’est ce qu’a révelé le ministre des Affaires Étrangères, Pierre-Richard Casimir, lors d’une audition devant la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des députés le 18 octobre 2012.

Face au doute exprimé par le ministre sur l’origine népalaise de l’épidémie du choléra en Haïti, nous reprenons un article du journal le Monde, publié le 5 décembre 2010 sur des études scientifiques consacrées à l’introduction du vibrion cholérique en Haïti.

Depuis plus d’un siècle, Haïti n’avait pas connu le choléra. Ce pays, l’un des plus pauvres du monde, a été frappé brutalement en octobre et là où ne l’attendait pas.

Révélées par Le Monde le 5 décembre, les conclusions de l’enquête épidémiologique conduite sur place en novembre par le professeur Renaud Piarroux, spécialiste du choléra (CHU de Marseille) envoyé par le gouvernement français, ont pointé une origine à l’épidémie : le camp du bataillon népalais de la Minustah, les Casques bleus en Haïti. Une épidémie, importée du Népal, a touché les soldats de ce contingent. Leurs excréments, auraient été déversés "en quantités phénoménales" par un sous-traitant haïtien dans le fleuve Artibonite, contaminant l’eau utilisée par la population des localités environnantes et répandant la maladie à une vitesse foudroyante.

Ce scénario a été rejeté par les responsables du bataillon népalais et le rapport du professeur Piarroux a été mis sous le boisseau afin de ne pas perturber le processus électoral en Haïti.

Il est pourtant conforté à présent par une publication scientifique analysant l’origine de la souche en cause dans l’épidémie haïtienne. Une équipe regroupant des scientifiques haïtiens et américains, notamment de la faculté de médecine de Harvard (Boston, Mass.), confirme en effet, dans un article publié jeudi 9 décembre par le New England Journal of Medicine, l’origine asiatique et importée de la souche de vibrion cholérique, la bactérie qui provoque la choléra, à l’origine de l’épidémie touchant Haïti depuis la mi-octobre.

"L’épidémie d’Haïti résulte probablement de l’introduction par l’homme d’une souche de vibrion cholérique provenant d’une source géographique éloignée", écrivent Chen-Shan Chin et ses collègues américains.

Une pandémie de choléra sévit actuellement au niveau mondial – la septième connue dans l’histoire – est responsable annuellement, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de 3 millions à 5 millions de cas, qui provoquent de 100 000 à 300 000 décès.

Cette pandémie est due à un type de vibrion cholérique baptisé "El Tor o1", apparu pour la première fois en 1961 en Indonésie. Les souches "El Tor o1" qui sévissent de manière permanente en Amérique du Sud et centrale n’avaient jusqu’ici jamais entraîné de choléra sur l’île d’Hispaniola, que se partagent Haïti et la République dominicaine, rappellent les auteurs de l’étude américaine.

De ce fait, les experts ont cherché à déterminer l’origine géographique responsable de l’épidémie qui a déjà fait plus de 2 000 morts en Haïti. Pour cela, ils ont procédé au séquençage du génome des vibrions cholériques retrouvés dans les selles de deux malades haïtiens, de celui d’une souche de "El Tor 01" isolée en 1991 au Pérou lors de son apparition en Amérique latine et de ceux de deux autres souches identifiées en 2002 et en 2008 au Bangladesh (Asie du Sud).

Ils ont également comparé les séquences génétiques obtenues à celles de 23 autres souches. Leur conclusion est claire : "Il existe une étroite relation entre les souches isolées en Haïti et les souches ’El Tor o1’ isolées au Bangladesh en 2002 et 2008. Par contraste, l’analyse des variations du génome des prélèvements haïtiens révèle une relation plus distante avec les souches circulant en Amérique latine." De même, ils diffèrent de souches retrouvées en Afrique de l’Est.

Autre point important, les analyses montrent que l’épidémie a bien été provoquée par une souche unique. Les auteurs indiquent que leurs données ne vont pas dans le sens de l’hypothèse selon laquelle la souche haïtienne serait issue de l’environnement aquatique. "De ce fait, il est peu vraisemblable que des événements climatiques soient à l’origine de l’épidémie en Haïti", écrivent-ils, estimant que la détermination exacte de la manière dont la souche sud-asiatique du vibrion cholérique a été introduite en Haïti requiert une enquête épidémiologique.

Ce travail de l’équipe américano-haïtienne complète donc et conforte l’enquête épidémiologique conduite par le professeur Piarroux, en écartant la piste d’une origine locale ou régionale de l’épidémie et en pointant l’Asie du Sud. Dans son rapport, le professeur Piarroux rappelle qu’à l’époque où des soldats du bataillon de la Minustah ont quitté Katmandou (Népal), une épidémie de choléra y sévissait.

Dans leur article du New England Journal of Medicine, Chen-Shan Chin et ses collègues s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir, au-delà même des frontières d’Haïti, l’"introduction accidentelle du variant sud-asiatique du vibrion El Tor" dans la région. Plus adaptée à se répandre et plus résistante aux antibiotiques que d’autres, cette souche semble donner des formes plus sévères de choléra. Des caractéristiques qui pourraient, selon les chercheurs, lui faire supplanter le vibrion cholérique "El Tor o1" actuellement installé en Amérique latine.

Paul Benkimoun