> Editoriaux > Reconstitution de l’opposition, pour quoi faire ?

Haïti-Editorial

Reconstitution de l’opposition, pour quoi faire ?

Vers quoi allons-nous ?

Publié le lundi 15 octobre 2012

Il est jusqu’à présent admis que l’élection de Michel Martelly en 2011 a résulté de l’échec de l’opposition traditionnelle. Même si la communauté internationale y a joué un rôle décisif, l’arrivée surprenante à ce poste de l’ancien chanteur a constitué le signe on ne peut plus manifeste du ras-le-bol général vis-à-vis de cette opposition qui, en 25 ans, a fait voir de toutes les couleurs à une population fortement éprise des idéaux de changement profond de l’Etat et de transformation du pays.

Certes, en reconnaissant un tel fait, nous n’abondons pas pour autant dans le sens des nostalgiques de la dictature qui, sans prendre en compte les acquis démocratiques de la période en question, osent à dessein affirmer que ce fut l’échec total et catastrophique. Le fait qu’ils soient revenus au pouvoir par les urnes (en dépit des réserves jusqu’ici justifiées par rapport aux élections de 2010-2011) et qu’ils se réfèrent (même hypocritement) à la Constitution et aux Lois, constituent, ensemble, un formel démenti à leurs allégations. Mais, tout de même, la population s’attendait à beaucoup plus et comptait aussi sur la gauche démocratique pour l’amélioration de son sort. En promettant le changement ou même la rupture, le candidat « Sweet Micky » a intelligemment exploité la déception de celle-ci par rapport aux promesses de 86 de changer l’Etat et de transformer profondément le pays.

Aujourd’hui où la mobilisation pour le changement semble avoir repris du poil de la bête, il importe de s’interroger sur les perspectives de cette contestation sociale et politique à laquelle on assiste. N’y allons pas par quatre chemins à ce sujet :

1-L’opposition qui a entrepris de se reconstruire à l’occasion de ses Etats généraux dans le Nord, est-elle disposée à réaliser sans complaisance son autocritique ?

2-Est-elle prête à dresser son bilan et à identifier qui, parmi elle, peut encore prétendre défendre la cause de la démocratie et du progrès après maints reniements, forfaitures et trahisons de leur part ?

Eske pwoblèm sila yo ki trayi pèp la ale pou vini ap nan ajenda diskisyon yo ? Eske pap gen lakrentif pou kesyon konsa pa jete latwoublay epi anpeche opozisyon an fè blòk ? Men, èske, pou atenn objektif sa a, opozisyon an dwe refè eksperyans « cha pacha a », ki vle di tout moun ladann pou fè pil, madigra mele ak bon mas ? Eske nou dwe tounen nan « Comité de liaison des forces démocratiques », Gwoup 57, Groupe des 184, Gwoup isit, Gwoup la ? Ki pi bon estrateji pou opozisyon an kanpe djanm sanl pa retounen nan inite pou sèlman jete yon pouvwa,. Iinite, sètènman pou fè sa, men sitou pou konstwi yon altènativ ki gen nen nan figil e ki va louvri baryè tout bon vre pou Ayisyen.

3-Aujourd’hui que, grâce aux maladresses de la droite au pouvoir, l’opposition se reconstitue allègrement, peut-on savoir si les ambitions personnelles démesurées, facteurs de discorde et de conflits, sont contenues ou même anéanties ? L’intérêt national a-t-il finalement pris le dessus, dans les esprits, sur les intérêts individuels et mesquins ? Quelles dispositions sont prises en vue de chasser durablement ces vieux démons qui ont fini par démobiliser les masses populaires ? N’y a-t-il pas lieu de craindre qu’on soit à nouveau dans le système du « ôte-toi que je m’y mette » ?

4-Sur quelle analyse sociale, économique et politique, se basera l’opposition en construction pour présenter une alternative claire et viable à la population ? Quel mécanisme d’engagement ferme des responsables de l’opposition par rapport à cette alternative, car on sait bien que nous ne respectons jamais les engagements pris, à l’écrit comme à l’oral ?

5-L’opposition cessera-t-elle d’être l’apanage de politiciens des villes ? Deviendra-t-elle représentative de larges couches de la population ? Sera-t-elle soudée aux masses et à leurs revendications ?
6-Cessera-t-elle de constituer le lieu par excellence des courtisans de l’étranger ? On sait bien, en effet, qu’une sale rivalité a marqué l’histoire de nos leaders en lutte constante pour démontrer à l’étranger leurs capacités respectives à mieux le servir. Quid, donc, de la possibilité de l’émergence d’une opposition vraiment nationale, pour ne pas dire nationaliste, arcboutée aux intérêts fondamentaux de la population, sans être pour autant hostile à l’étranger ? Une opposition qui demeurera ouverte aux opportunités de la coopération et de l’aide bien conçue.

Ces questions sont d’une importance capitale à l’heure où la commotion se dessine. Le pouvoir, comme à l’accoutumée, sous-estime la tempête qui s’annonce. Face à la montée de la contestation populaire, le dictateur Jean-Claude Duvalier avait péremptoirement affirmé « ke makak la la pi rèd ». Aristide, en 2004, avait cru avoir affaire à une « minorité zuit ».

Le pouvoir d’aujourd’hui saura-t-il désamorcer la tempête en profitant de la constitution de l’opposition en force organisée pour lancer un véritable dialogue national ? Va-t-il en profiter pour ouvrir la voie à la perspective de "révolution tranquille" préconisée par certains ? Qui, au sein du pouvoir Tèt Kale ou Kale Tèt, selon le lieu où l’on se situe, a la vision de voir les choses ainsi ? C’est la question à laquelle on n’ose, pour le moment, apporter de réponse, car, on peine encore à déceler un tant soit peu de matière grise du côté des tenants actuels du pouvoir. S’il va de ce train, avec des réflexions et des actes à la « Roro » ou à la « Cius », on a vraiment du mal à prévoir comment il s’en sortira.

Marvel Dandin