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Pour son retour, Michel Martelly prend la tête d’une foule

Même si le pouvoir le conteste, il s’agissait, après la démonstration dimanche de l’opposition radicale,d’une première tentative de mobilisation populaire, sans engagement politique réel, qui a débouché sur des incidents, la mort d’un membre de la sécurité présidentielle emporté par un arrêt cardiaque et les protestations d’une partie des centaines de manifestants qui, dans l’indécence citoyenne, réclamaient leur paie après avoir marché avec le chef de l’Etat de l’aéroport jusqu’au Champ de Mars

Publié le mardi 2 octobre 2012

A peine rentré de son voyage aux Etats-Unis, le Président Michel Martelly a pris la tête d’une manifestation lundi dans les rues de Port-au-Prince où, entouré de plusieurs centaines de partisans, il a parcouru à pied plusieurs kilomètres, 24 heures après une mobilisation de l’opposition ayant appelé, pour la première fois à la capitale, au départ du dirigeant haïtien.

Accompagné notamment du Premier ministre Laurent Lamothe, de plusieurs membres du gouvernement, de son conseiller spécial, Joseph Lambert et de parlementaires proches de son régime, le chef de l’Etat a présenté sa réaction comme une volonté de rapprochement avec la population, refusant de l’assimiler à une tentative de réponse à la manif de dimanche qui avait réuni plusieurs milliers de personnes à l’initiative d’organisations pro-Lavalas et de groupes de l’opposition démocratique.

« Ce n’était pas une manifestation, mais du sport. Je voulais marcher pour garder une relation de proximité avec la population, rassurer tout le monde et leur faire savoir que l’année scolaire a commencé », a déclaré visiblement fatigué le chef de l’Etat après avoir rallié l’aéroport international Toussaint Louverture au Palais National, dans une ambiance de rara.

Des autobus avaient, en effet, assuré gratuitement le transport de plusieurs bandes à pied, d’employés en uniforme et balais en main du SMCRS (service métropolitain de collecte et de ramassage des résidus solides) et de chômeurs, pour la plupart jeunes, venus accueillir M. Martelly à l’issue de sa participation à l’assemblée générale de l’ONU suivie d’autres activités aux Etats-Unis.

Pour une mobilisation que les autorités se sont évertuées à décrire comme spontanée, rien ou presque n’a été négligé. Des banderoles saluant le retour du Président et exigeant le respect de son quinquennat étaient même visibles dans la foule.

Sans faire référence directement à la flambée des prix des produits de première nécessité, thème du mouvement de contestation sociale parti ces dernières semaines du Cap-Haïtien (nord) avant de se muer en bataille politique anti-Martelly, le Président a indiqué vouloir lutter contre ce phénomène. Mais, il a aussi lâché, de façon critique, qu’il ne cherchait pas à « exploiter la vie chère à des fins politiques ».

Au bord de l’épuisement après fourni un effort intense sous un soleil de plomb, l’ex-Sénateur Joseph Lambert a pu trouver les ressources nécessaires pour préciser que ce n’était pas encore la réplique du pouvoir à l’opposition, qui a gagné du terrain ces derniers jours. « Ils auront la réplique le moment venu », a menacé le conseiller présidentiel quelque peu revigoré à son arrivée au Palais National, mais qui a semblé reconnaître implicitement que l’équipe au pouvoir n’avait pu drainer la grande foule dans les rues.

Le très proche conseiller et ami de Martelly, Ronald Nelson dit « Roro Nelson », qui -tout comme Sophia Martelly, l’épouse du Président- a préféré faire le parcours en voiture, a lui prévenu que son camp n’avait pas encore frappé et que les villes des Cayes (sud) et du Cap, foyers de la contestation, allaient voire des choses très bientôt.

Egalement présents, le Sénateur du sud-est, Edwin « Edo » Zenny, et le Député de Marchand-Dessalines (Artibonite, nord), Gracia Delva, se sont félicités de la mobilisation des partisans et sympathisants du régime, même si le premier a exprimé des craintes face à une éventuelle polarisation du pays sur le plan politique.

Parmi les autres membres du gouvernement et proches de l’administration actuelle ayant pris part à la manifestation, citons les ministres de l’intérieur, Ronsard Saint-Cyr, du tourisme Stéphanie Balmir Villedrouin, celui chargé des relations avec le Parlement, Raplh Théano, et l’ex-Sénateur de la Grand’Anse (sud-ouest), Michel Clérié.

L’ancien Sénateur Youri Latortue, actuel conseiller de Martelly, et le Député de la Croix-des-Bouquets (nord-est de Port-au-Prince, Jean Tholbert Alexis, ont été vus, pour leur part, à l’aéroport.

Plusieurs incidents ont assombri cette journée qui devait être celle d’un retour triomphal.

D’abord, Radio Kiskeya a appris qu’un agent de l’unité spécialisée "Cat team", affecté à la sécurité rapprochée de Michel Martelly, est décédé d’une crise cardiaque peu après la manifestation. Il s’agit de Frandieu Jean Pierre, dans la quarantaine, marié et père de 4 enfants, fils adoptif du sénateur du Nord-Est Dérex Pierre-Louis. Le président Martelly s’est rendu à l’Hôopital de l’OFATMA pour constater le décès, informe le parlementaire. Une autopsie sera incessamment pratiquée sur le corps afin de déterminer la cause exacte du décès, ajoute-t-il.

D’autre part, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et tiré des coups de feu en l’air pour disperser des manifestants mécontents qui réclamaient la gratification promise après avoir durement travaillé. Même s’ils ont eu droit à un plat chaud, une centaine d’hommes, loin d’être satisfaits s’étaient rassemblés jusqu’en début de soirée devant les anciennes casernes Dessalines, à proximité du Palais National, pour demander leur dû au Président de la république ou encore à Roro Nelson.

En rogne contre leur héros, certains confiaient de vive voix qu’ils s’étaient mobilisés moyennant une promesse d’argent et que les plus chanceux d’entre eux avaient reçu chacun montant de mille gourdes (environ 25 dollars).

Un témoin privilégié de cette scène et des différents moments de la journée a fait part, à Radio Kiskeya, de son indignation et s’est demandé pourquoi un dirigeant ayant la prétention d’être populaire devait se payer des manifestants.

Le retour de Michel Martelly, qui a mobilisé de nombreux policiers et un impressionnant cortège de véhicules officiels et des services de l’Etat, a également entraîné la paralysie de la circulation sur plusieurs axes stratégiques de la capitale, un beau cadeau pour la rentrée scolaire sur laquelle le pouvoir paraissait tant misé.

Visé dimanche par des cartons rouges, synonymes d’expulsion, le chef de l’Etat pourrait n’avoir que très peu de répit face à une opposition qui cherche à s’unifier et à se donner un projet politique commun tout en multipliant les tests d’adhésion populaire. Le plus prochain est fixé à ce vendredi (5 octobre). spp/Radio Kiskeya