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Mobilisation anti-Martelly : Le nord s’apprête à récidiver

Dans le cadre de leur croisade contre le mal-vivre et les pratiques de pouvoir antidémocratiques du chef de l’Etat et de son entourage, des représentants de la classe politique et de la société civile locales se donnent rendez-vous ce jeudi dans les rues du Cap-Haïtien, ville dont les responsables sécuritaires fraîchement nommés auraient pour mission de durcir le ton

Publié le mercredi 26 septembre 2012

Des organisations politiques et groupes de la société civile se préparaient à manifester jeudi au Cap-Haïtien (nord) en vue de dénoncer la cherté de la vie et la politique contre-productive de l’administration Martelly, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation dans une atmosphère devenue encore plus tendue depuis les nominations successives d’un nouveau chef de police et d’un représentant de l’Exécutif.

La direction générale de la Police Nationale a procédé au remplacement du directeur départemental, Carl Henry Boucher, dont le successeur Kesnel Pierre a rapidement pris ses fonctions.

Parallèlement, le délégué départemental du nord, Yvon Altéon, a cédé sa place à M. Ardouin Zéphyrin, selon une décision du Président Michel Martelly.

L’ex-Député Hugue Célestin, qui soutient activement le mouvement enclenché contre le régime, a annoncé que la marche de protestation de ce jeudi était maintenue en dépit des changements opérés au sein de la police. Pour lui, la décision de confier le commandement du département du nord au commissaire Kesnel Pierre ne viserait qu’à renforcer l’appareil répressif face à la mobilisation populaire.

Représentant de la circonscription de Limonade/Quartier Morin à la 48e législature, l’ancien parlementaire affirme que les manœuvres d’intimidation du pouvoir ne pourront pas avoir raison de la détermination de la population du nord qui entend presser le chef de l’Etat de trouver rapidement des éléments de réponse aux grands problèmes de l’heure comme la poussée inflationniste.

« Le peuple ne peut plus attendre », Hugue Célestin qui se déclare prêt à devenir, dans la lutte contre l’équipe de Michel Martelly, l’allié de son « ennemi juré », le deuxième Sénateur du nord, Moïse Jean-Charles, qu’il avait maintes fois accusé d’avoir participé à l’assassinat de son frère.

Pour sa part, l’Initiative Citoyenne a, dans un communiqué lu par son porte-parole, Saül Gauthier, apporté son soutien à la manif. Organisation régionale de la société civile, l’IC se dit préoccupée par la dégradation de la situation économique et sociale et suggère au gouvernement de fermer les portes de certains ministères et bureaux de secrétaires d’Etat qui ne seraient d’aucune utilité.

Parmi d’autres personnalités du nord venues gonfler les rangs de la coalition d’opposition qui se dessine figurent un ancien Député de la 45e législature, Jean Mandenave, et le coordonnateur départemental de l’Organisation du peuple en lutte (OPL), Elusca Charles.

Mais, des partisans de Lavalas issus de certains quartiers populaires du Cap-Haïtien, ont, de leur côté, dénoncé une opération au cours de laquelle le deuxième Sénateur du nord, Moïse Jean-Charles, aurait distribué une somme de cinquante mille dollars à d’autres lavalassiens. La mission que leur aurait confiée le parlementaire farouchement hostile à Martelly serait de provoquer sur le parcours de la manifestation des incidents pour en faire porter la responsabilité au gouvernement, a déclaré Frandy Gilles alias « Oye » qui s’est présenté à la presse comme le porte-parole du groupe opposé au mouvement.

Affirmant que le chef de l’Etat a entendu le cri d’alarme de la population et propose déjà un début de solution à travers des changements dans les représentations régionales des institutions publiques, il exhorte les capois à ne pas gagner les rues. M. Gilles avait pourtant personnellement participé à une imposante manifestation anti-Martelly vendredi dernier, chose qu’il dit aujourd’hui regretter après avoir su que des protestataires auraient été soudoyés.

Moïse Jean-Charles, qui n’avait pas encore réagi à ces accusations, a invité l’actuel occupant du fauteuil présidentiel à limiter ses déplacements en prétendant qu’il ne serait pas le bienvenu en certains points du territoire national. Le bouillant parlementaire fait partie d’un groupe de Sénateurs ayant ouvertement appuyé mercredi la nouvelle marche antigouvernementale. Pierre Francky Exius (sud), François Anick Joseph (Artibonite, nord) et Jean-Baptiste Bien-Aimé (nord-est) se sont clairement positionnés en faveur d’une mobilisation citoyenne contre les dérives du régime de M. Martelly et sa politique qu’ils accusent d’aggraver la flambée des prix des produits de première nécessité sur le marché local et les conditions de vie de la majorité des haïtiens avec.

Bien-Aimé souligne que, parallèlement à la population de la deuxième ville du pays, des habitants du nord-est, son département, ont également prévu de faire entendre leur voix jeudi en défilant dans les rues.

A court de réponses face à une population désespérée, après avoir fait des promesses électorales mirobolantes, l’équipe au pouvoir traverse depuis quelques semaines des zones de turbulence qui risquent de se transformer en agitation permanente aux conséquences ultimes.
spp/Radio Kiskeya