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Smarck Michel est l’un des rares hommes qui a fait de la politique et qui en a laissé une image digne. Il est debout dans sa tête. Debout dans son coeur.

L’hommage de l’écrivain(e)Yanick Lahens à L’ancien Premier Ministre Smarck Michel

L’intelligence des affaires ne l’avait pas fait perdre toute finesse, toute éducation

Publié le samedi 15 septembre 2012

Le départ d’un homme debout.

Yanick Lahens

Dans mon ouvrage Failles, j’ai fait mention de l’unique lettre S pour évoquer
Smarck Michel, l’ami des samedis matins. “C’est à l’arrivée de S. que je réalise
qu’on est samedi. S. est l’un des rares hommes qui a fait de la politique et qui en a
laissé une image digne. Il est debout dans sa tête. Debout dans son coeur. Il a une
colonne vertébrale”* Smarck Michel avait aussi un sens de l’intelligence politique,
pas celle qui se réduit à la roublardise mais celle qui permet de construire le
politique à cette hauteur qui décidément semble si difficile à atteindre par
beaucoup d’acteurs politiques haitiens. Son engagement dans les années 1990
fut aussi profond, sincère et courageux que son refus autour de 2003-2004. Et
à chacune de ces expériences il a hélas payé le prix fort (dechoukaj y compris)
mais la tête haute. D’aucuns évoqueront précisément la véhémence de ses
engagements. Soit ! Mais quand bien même morale et politique ne sauraient se
superposer ou se confondre, sa véhémence (héritée peut-être d’un père militaire)
est de loin plus excusable que l’opportunisme, la flatterie et l’absence d’honneur.

L’intelligence des affaires ne l’avait pas fait perdre toute finesse, toute éducation.
Elle était chez lui de celle qui embrasse au delà du simple alignement des chiffres,
les données d’ensemble de l’économie et la globalité historique et sociale.
Ceux qui voyaient avec méfiance et septicisme arriver au timon des affaires
un commerçant, d’origine levantine de surcroît par sa mère, furent surpris de
découvrir au delà de la compétence et du pragmatisme du gestionnaire public, un
mélomane averti, un lecteur ecclectique et avisé, à l’humour décapant, au sens
aigu de la répartie.

Smarck Michel était de ceux, si rares aujourd’hui, qui ont une idée juste du
service public. Qui n’attendent pas un poste pour leur donner du relief à coups de
sirènes, girophares, voitures en back up ou pillage des caisses publiques mais qui
sont convaincus que c’est à eux au contraire de donner du relief à un poste par
leur intégrité, leur efficacité et leur discrétion élémentaire dans un pays comme
Haiti. Il était aussi de ceux qui, savent se retirer une fois les limites de l’acceptable

franchies parce que leur colonne vertébrale les empêche de s’aplatir pour aller
dans le sens du vent.

Nous ne saurions passer sous silence l’intelligence de coeur. Celle qui ne s’étale
pas dans les discours publics ou dans une visibilité tapageuse mais celle agissante,
loin des feux de la rampe, auprès des plus humbles, ceux que l’on ne voit pas, les
petits clients, le personnel de maison, les voisins au dela des hauts murs .

Nous sommes beaucoup à être persuadés que s’il était remonté en selle après les
événements de 2004, Haiti n’en serait pas là où elle se trouve aujourd’hui. Et dans
la gestion des défis internes et dans les relations avec la communauté des amis
qui aiment tant Haiti. Mais le système interne comme le système international
en accord si parfait avec les populismes de droite comme de gauche, peuvent-ils
s’accomoder de l’émergence de tels hommes et de telles femmes ? La question
reste ouverte.

Smarck tu vas beaucoup manquer aux amis du samedi matin. Nos accords et
nos désaccords faisaient le miel et le sel de ces rencontres. Elles n’auront plus la
même saveur.

Repose dans une paix bien méritée !

*Failles p 81