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Haïti-Editorial

Des FLEURS au pays des CACTUS !

Haïti au temps du CARNAVAL et du « SAL AMI »

Publié le lundi 6 août 2012

A tous ceux qui vocifèrent à la moindre critique émise contre la marche des choses dans le pays et qui y voient une marque d’hostilité « tèt kale » vis-à-vis du chef de l ‘Etat ;

A ceux qui ne souhaitent voir et entendre autour d’eux que des flagorneurs, des « sousou pannan », des « souflantyou » ;

A ceux qui souffrent de cécité au point de ne pouvoir défendre leurs propres intérêts de classe, de clan ou de parti ;

A tous ceux-là, il faudrait aujourd’hui offrir des FLEURS et non des CACTUS, pour ne pas sortir du CARNAVAL des FLEURS. Car, il faut constamment jubiler, ne jamais prendre le sens des réalités et « voye flè, voye flè, voye flè san rete »..

Car, les CACTUS piquent, enlèvent le sommeil à ceux-là qui, maladivement, ont un constant besoin d’oublier… Il leur faut à profusion les sédatifs de la tromperie et de la propagande pour que leur douleur de faire face aux réalités se calme. Dans bien des cas, il leur faut même des drogues dures. Il est évident que, pour eux, cesser de parler des problèmes conduit irrémédiablement à leur inexistence. Alors, cesser de parler. De palabrer. Et les problèmes disparaitront, comme par enchantement.

Telle est la logique implacable, mais véritablement stupide, des prédateurs de la presse et de la pensée libre et indépendante. Cette manière de voir a servi, au cours de l’histoire, d’alibi ou de justification aux multiples agressions contre les journalistes, les médias et les intellectuels dignes de ce nom, en Haïti comme ailleurs : il faut d’une manière ou d’une autre réduire au silence les journalistes et les médias. Les agresser physiquement ou les coopter.

A entendre les gémissements de ceux que la critique dérange, il faudrait donc, pour leur plaire, ou pour plaire tout court, ranger les CACTUS dans les tréfonds des tiroirs sans fond du CARNAVAL. Mais de quels CACTUS parlons-nous et qu’il faudrait ne plus évoquer pour cesser d’ôter le sommeil à nos censeurs ? Les CACTUS de la corruption, du chômage, de la malnutrition, de l’analphabétisme, du cauchemar d’aller à l’école en dépit du programme officiel de scolarisation gratuite ; de l’insécurité, du choléra, du sous-développement, de l’amendement constitutionnel controversé, du Conseil électoral permanent contrôlé-préfabriqué ; de l’occupation étrangère et de la dépendance ; des viols d’enfants et de jeunes des 2 sexes par des soldats étrangers ; les CACTUS du « Sal Ami », des ignominies et des humiliations multiples des classes dominantes dominicaines vis-à-vis des compatriotes vivant en territoire voisin ; les CACTUS de la circulation d’armes illégales et de l’insécurité chronique et déstabilisante ; les CACTUS de la détérioration accélérée de l’environnement ; les CACTUS de la perte de la souveraineté alimentaire ; du trafic illicite de stupéfiants ; de la dépravation sexuelle et de l’immoralité galopante ; les CACTUS de la crise du logement ; ceux de la pollution et des immondices qui font de la capitale, malgré les efforts louables du SMCRS, l’une des villes les plus sales au monde.

Il faudrait donc que l’on cesse d’évoquer ces sinistres problématiques ! « Laissons travailler le PRESIDENT, le GOUVERNEMENT et l’OCCUPANT ! Solisyon an nan men yo ! Se tann pou n tann ! Tout bagay ap regle ! », scandent les ardents défenseurs du curieux modèle de développement d’un pays par le CARNAVAL.

Il ne faut donc plus réfléchir ! Laissons les choses aller d’elles-mêmes. Elles finiront sans doute par s’arranger !

Lançons à tout vent de frénétiques « Gouyad » ! Ba yo nan 4 pwen kadino ! Ba yo anba, ba yo anwo ! Ba yo nan mitan ! Grennen gouyad !

Dans la diaspora aussi, « Grennen gouyad » ! N’essayez jamais de comprendre comment l’étranger qui vous a accueilli a construit l’univers dans lequel vous vous prenez aujourd’hui pour des LUMIERES ! Et, continuez à cracher sur vos semblables qui osent croire en la possibilité d’en faire autant.

« Grennen gouyad ». Taisez-vous ! Envoyez des FLEURS ! Rangez les CACTUS ! Et, finis les problèmes !

Ainsi pensent ouvertement ceux que la critique dérange et qui nous décrochent constamment des flèches empoisonnées sur Internet. Il y a vraiment de ces gens (de plus en plus nombreux, aujourd’hui, parait-il) que l’analphabétisme, l’ignorance et la médiocrité rendent aveugles jusqu’à la démence. Ces gens-là croient détecter l’ennemi là où il n’est pas. Ils guettent la liberté de pensée et la terrasse dès qu’ils la trouvent. Ils sortent alors, dans toute sa crudité, tel un missile, la bêtise de leur cécité, de leur analphabétisme et surtout de leur mauvaise foi carabinée. Ils s’attaquent, sans ménagement, à la faible minorité de gens qui osent encore croire en la possibilité du relèvement et de la création de l’autre Haïti dont parlent certains.

Viendra cependant un temps où l’on ne pourra plus « danser » ou « que danser » ! Il faudra alors faire face aux défis. Mais, du train que cela va, nous restera-t-il assez d’HOMMES et de FEMMES pour relever ces défis ? Il y a vraiment lieu d’être triste et fortement préoccupé par les dérives de la barque nationale et l’état apparent d’inconscience collective qui semble vouloir conduire au cautionnement et à l’acceptation de l’échec.

Marvel DANDIN