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Haïti-Editorial

Crise haïtienne : qui veut le changement ?

Pour l’émergence du « nouveau citoyen »

Publié le lundi 18 juin 2012

De la fondation de l’Etat haïtien à aujourd’hui, la plupart des acteurs politiques et des décideurs en général n’ont jamais encore perçu comme il se doit, la notion de bien public. Les intérêts particuliers priment toujours sur les intérêts collectifs. Il en résulte une sempiternelle lutte de clans, de bandes, de factions, de chefs, de laquelle profitent les plus téméraires des nationaux et ceux des étrangers qui, traditionnellement, alimentent les divisions pour mieux asseoir leur domination.

Dans la défense des intérêts particuliers, tous les coups sont permis. Les valeurs telles que solidarité, loyauté, probité, équité sont tout à fait bannies dans la faune politique haïtienne. Et, pour cause ! Car, le pays n’est autre qu’un champ de bataille que se disputent âprement des fauves. Et, ce sont les plus carnivores d’entre eux qui finissent par s’imposer. Cela explique que le pouvoir en Haïti s’acquiert généralement par le feu et par le sang ! Il faut aussi y ajouter l’argent, quelle que soit sa provenance, aujourd’hui…

Le corollaire indispensable d’un tel état de fait, pour ne pas dire sa source même, c’est l’absence d’institutions fortes en mesure de réguler le système politico-social de sorte qu’il soit en adéquation avec les prescrits constitutionnels. Car, nos Constitutions définissent toujours un cadre idéal d’évolution de la société. Ce n’est donc pas ce qui nous fait le plus défaut. Nous ne manquons pas également de superbes Lois ! Mais, quelles sont les entités dotées du pouvoir de les faire appliquer et respecter ?

Cette interrogation nous amène à la conclusion archi-simple qu’il faille véritablement s’atteler à l’établissement d’institutions fortes dont la mission consistera à garantir le fonctionnement d’un Etat de droit. Entendez par là : un système où, certes, les intérêts particuliers continueront d’exister, mais pas au détriment des intérêts collectifs ; un système qui mettra une fin définitive à l’impunité et à ses funestes conséquences, telles qu la perpétration constante de crimes économiques et de sang ; un système où les 3 pouvoirs de l’Etat existeront comme tels, tout en évoluant dans l’interdépendance.

Au plan institutionnel, il faudra également mettre en place un système électoral fiable géré par un organisme électoral fort, indépendant et crédible. Il nous faut définitivement régler la question de la prise du pouvoir en Haïti, source constante de crises et d’instabilité. Il faut certes une autre culture politique. Mais, on n’en sortira pas sans l’établissement de ce système électoral et de l’organisme prestigieux de gestion et de contrôle correspondant.

Il faudra simultanément relancer l’éducation civique. Il s’agira, entre autres objectifs, de l’établissement de rapports nouveaux de l’haïtien, de l’haïtienne avec les réalités de son milieu, de la prise en charge et de la gestion des problèmes dans le consensus et la concertation. On peut bien avoir des Constitutions, des Lois, et même des institutions. Mais, sans des citoyens imbus de leur mission et conscients de constituer la masse critique nécessaire au « monitoring » et au fonctionnement de ces dernières, jamais elles ne parviendront à jouer pleinement leur rôle. D’où la nécessité d’une refonte de l’éducation dans la perspective de la naissance de ce « nouveau citoyen » haïtien. Il va sans dire que les organisations de la société civile, y compris les églises, les partis politiques, les médias, ont un rôle immensément important à jouer dans la concrétisation d’un tel objectif.

Le « nouveau citoyen », présent dans tous les compartiments de la société, notamment dans les groupes organisés, devrait donc devenir le garant de la prédominance de l’éthique et des institutions dans le système politico-social haïtien.

Fort de telles considérations, on peut donc désormais identifier sans difficulté ceux d’entre nos dirigeants, des responsables politiques et des organisations de la société civile qui parlent de changement sans y croire vraiment. Qui évolue aujourd’hui dans la pure tradition du pouvoir personnel ? Qui défend ou ne défend pas le pouvoir des institutions ? Qui cherche à impliquer ou à ne pas impliquer le citoyen et les groupes organisés dans la gestion des affaires du pays ? Qui cherche ou non le consensus et la concertation dans la résolution des problèmes ?

La réponse à ces questions permet indubitablement d’identifier « les vrais amis du peuple ».

Marvel DANDIN