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Contre l’amnésie, le poète Anthony Phelps rejette une décoration présidentielle

Arrêté puis exilé sous la dictature des Duvalier, l’écrivain octogénaire invoque l’impunité scandaleuse dont jouit Jean-Claude Duvalier pour justifier son refus catégorique de recevoir des mains de Michel Martelly la plaque d’honneur décernée à lui et à d’autres auteurs, la semaine dernière, lors de Livres en folie 2012

Publié le samedi 16 juin 2012

Le célèbre écrivain haïtien Anthony Phelps, absent à une récente cérémonie d’hommage à des auteurs organisée à l’initiative du Président Michel Martelly, a officiellement refusé vendredi la distinction qui lui a été décernée en exprimant son indignation devant l’impunité dont continue de jouir l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier.

Président à vie de 1971 jusqu’à son renversement en 1986, rentré en Haïti en 2011 après 25 ans d’exil en France, il circule en toute liberté en dépit des accusations de crime contre l’humanité portées contre lui et a même eu un tête-à-tête avec l’actuel chef de l’Etat.

Dans une courte missive datée de Paris, l’auteur et narrateur de « Mon pays que voici », une œuvre poétique colossale, affirme également qu’il avait été contacté de manière tout à fait informelle pour se présenter à une cérémonie où il serait à l’honneur.

Nous reproduisons ici in extenso la lettre de M. Phelps.

Paris, le 15 juin 2012

J’ai lu, avec étonnement, dans Le Nouvelliste, que j’ai reçu un hommage in abstentia, du président Martelly. Le 4 juin dernier j’ai reçu un courriel, m’annonçant que je serais honoré, en compagnie d’un groupe d’écrivains, par le président Martelly, et que je devrais prévoir quelqu’un pour me représenter. Ce courriel qui n’était pas envoyé par le bureau de la présidence, ne disait pas à quelle occasion devait avoir lieu cette cérémonie. Sans plus de précision, j’ai décliné l’invitation par courriel. De toute façon je ne saurais accepter un hommage en temps qu’auteur de ‘’MON PAYS QUE VOICI’’, tant et aussi longtemps que Jean Claude Duvalier ne sera pas traduit en justice.

ANTHONY PHELPS

La démarche de l’écrivain protestataire se situe aux antipodes de l’attitude d’acceptation qu’avaient affichée deux autres grands noms de la littérature haïtienne, Frankétienne et Georges Castera. A l’occasion de la 18e édition de la foire Livres en folie, ces deux-là avaient été fait, le 6 juin dernier, respectivement grand officier et commandeur des arts et des lettres par Michel Martelly en compagnie des historiens Georges Corvington et Odette Roy Fombrun. Les mêmes distinctions avaient été décernées à titre posthume à la romancière Paulette Poujol Oriol et au géographe Georges Anglade.

Membre fondateur dans les années 60 du mouvement « Haïti Littéraire », Anthony Phelps, persécuté et emprisonné sous le régime sanguinaire de François Duvalier, avait dû s’exiler au Canada avec ses compagnons de plume dont l’un, Auguste Thénor, allait périr en 1974 dans la sinistre prison de Fort-Dimanche.

Poète, diseur et journaliste très prolifique, le créateur âgé aujourd’hui de 83 ans, a notamment écrit Moins l’infini, Mémoire en colin-maillard, La bélière Caraïbe et Les doubles quatrains mauves. spp/Radio Kiskeya