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Haïti-Politique-Editorial

La « politicaillerie » : un mal qui répand la « terreur » !

Pratiques et conception, sources de calamité politique et sociale

Publié le lundi 4 juin 2012

Les récentes déconvenues de la plateforme politique INITE sont, à plus d’un titre, des symptômes d’un mal profond qui ronge la République depuis sa fondation : la « politicaillerie ».

Alors que le Comité exécutif de l’ex-plateforme présidentielle a cru mettre de l’ordre en son sein en sanctionnant deux de ses dirigeants pour leurs dérives connues de tous, voilà qu’elle est menacée d’explosion ou d’implosion.

On pourrait vous fournir d’autres exemples pour illustrer le fait qu’on soit en pleine « politicaillerie ».

La politicaillerie, telle qu’elle se présente et se définit en Haïti, correspond à un ensemble de pratiques, d’attitudes et de comportements qui sont à l’extrême antipode de la recherche du bien public. Les verbes manger, vivre et survivre sont conjugués au quotidien par le « politicailleur ». Chaque situation qui se présente est une occasion lucrative, à gérer sous l’angle des intérêts particuliers, bien souvent mesquins.

Il s’agit, pour les tenants de la politicaillerie, de manger, vivre et survivre de la politique, contre vents et marées. Pas besoin alors d’avoir d’idéologie. Pas nécessaire d’appartenir de façon indéfectible et loyale à un secteur politique. Conviction ? Connait pas. Moralité, décence, encore moins. L’opportunisme est la règle d’or en matière de politicaillerie. Il ne faut jamais rater le train en marche, entendez par là le gouvernement, c’est également l’un des principes sacro-saints de la « politicaillerie ».

Expressions, termes, pratiques et travers permettant d’identifier le « politicailleur » : manque constant de loyauté ; perte totale du sens de la dignité et de la probité ; veulerie ; versatilité (woulem plizyè bò) ; ambiguïté (jamais de position tranchée sur les questions d’intérêt public) ; populisme de mauvais aloi ; posture nationaliste ou nationalisme de façade ; refus des institutions ; refus de l’organisation et de l’ordre hiérarchique ; manipulation intéressée, malhonnête et perverse des lois, des règlements, de la Constitution, etc…

La phrase passe-partout pour justifier les constantes acrobaties du « politicailleur » : on fait de la politique. Comme si faire de la politique autorise à faire n’importe quoi, y compris à être tantôt de droite, tantôt de gauche, ou d’être honteusement « dwat e gòch », de trahir aujourd’hui, et de pourfendre les traitres demain. Et avec quelle audace !? Ils justifient bien souvent leur reniement d’idéaux honnêtes et généreux, ou leur abandon de leur secteur politique d’origine, par le fallacieux prétexte de prendre congé des « palabreurs impénitents » et d’accéder au pouvoir pour « délivrer ». Délivrer quoi, quand on n’a bénéficié que d’un petit poste et que l’ensemble de la machine d’Etat est aux mains des antinationaux et des étrangers la plupart du temps ? Au fait, et l’histoire en est témoin, ces opportunistes sont phagocytés, neutralisés ou s’alignent ; ils se mettent à table ou pillent autant que les autres. Sacrés menteurs les « politicailleurs » ! Plus traitres que Conzé dans leur soumission à l’étranger !

Absence totale de ligne et d’éthique chez le « politicailleur » ! Voilà, pour faire court, ce qu’on pourrait dire de cette espèce pire que les rongeurs dès qu’il s’agit de nation, de pays, de démocratie institutionnelle.

On a dit au début que cette faune sauvage de fossoyeurs de la patrie est à pied d’œuvre depuis déjà belle lurette. Mais, celle du temps que nous vivons est encore plus féroce : elle se fait payer grassement ses moindres vilénies. Et, oui ! C’est aujourd’hui une affaire de gros sous ! C’est dire qu’ils ont une certaine idée de l’économie de marché. Il faut le leur concéder. Il y en a sans doute parmi eux qui sont des millionnaires et pourquoi pas !

Viendra cependant le temps où la Nation demandera des comptes, comme l’avait prévenu Alain Turnier. Peut-être qu’il est encore assez loin, ce temps de la reddition de comptes. On voit bien que la misère a fini par projeter dans le cercle infernal de la corruption une large partie de la Nation. Mais, ce temps, viendra, plus tard que tôt, où le commerce politique cessera. Une masse critique existera alors pour circonvenir les hommes et les femmes de sac et de corde et contraindre ceux qui s’impliquent dans la politique à défendre d’abord et par-dessus tout, les intérêts de la République !

Viendra le temps où l’on ne pourra plus vendre sa conscience et oser se présenter à la face de la Nation avec l’audace d’avoir tiré ignominieusement ses marrons du feu.

Ceux qui disent qu’Haïti est « foutu » ne croient pas que ce temps arrivera. Mais, il faut croire en son avènement, comme on croit à un rêve dont on veut la réalisation, pour qu’il arrive véritablement au terme de nos efforts inlassables de construction d’un pays digne de ce que nos ancêtres ont voulu qu’il soit.

Marvel DANDIN