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En guise de réponse à Michaelle Jean

L’ancienne Gouverneure du Canada n’exprime qu’un point de vue partial sur une situation complexe

"Haiti n’a que faire des regards condescendants des étrangers et de leurs suppôts locaux" répond Dunois Eric Cantave à Michaelle Jean

Publié le lundi 21 mai 2012

Enguise de lettre ouverte à madame Michaelle Jean :

Madame Michaelle Jean pour laquelle j’avais une grande admiration m’oblige aujourd’hui à lui rappeler que nous sommes un pays, un peuple, une nation comme les autres qui n’a que faire des regards condescendants des étrangers et de leurs suppôts locaux.

Dans son dernier discours du 15 mai et dans son analyse de la crise haïtienne,madame Jean verse dans un pathétisme affligeant et stérile. Sa perception de la situation haïtienne est malheureusement erronée et ne nous conduira nullement à des éléments de solution à cette crise ni à un recouvrement de notre souveraineté et de notre dignité de peuple. Comme si l’essentiel pour elle résidait dans le passage de la cocarde présidentielle d’une personne à une autre quelles que soient les circonstances. C’est une position bien confortable et conformiste qui rejoint la bureaucratie et les intérêts des grands décideurs du nord...

Au lieu d’essayer de bien comprendre les enjeux, de fixer les responsabilités, de dégager des pistes de solutions et de faire des recommandations constructives,elle choisit de noyer le poisson. Elle préfère abonder dans des généralités et parler vaguement et très largement de nos faiblesses structurelles de peuple non institutionnalisé et turbulent dont le comportement lui procure de la honte, comme s’il fallait plaire à tout le monde, à tout prix et à tout moment. Comme si nous étions aussi les seuls responsables de nos dérives, commes’il n’y a jamais eu d’interférences étrangères négatives dans les affaires haïtiennes tout au long de notre histoire de peuple...

Non madame Jean votre dernière sortie, cette auto-flagellation, car nous vous considérons comme faisant toujours partie des nôtres, nous procure à nous une grande déception. Nous, qui attendions de vous, femme d’Etat, une certaine hauteur de vue, un regard scientifique et une analyse objective agrémentée d’une intelligente touche et sensibilité féminines qui nous montreraient le chemin de l’apaisement et d’une vraie sortie de crise.

Nous nous moquons, madame, des jugements de valeur, des réflexions superficiels, àl’emporte-pièce, intéressés et souvent arrogants d’étrangers qui ne nous respectent pas...

Madame Michaelle Jean n’a pas jugé bon de faire même une seule petite remarque concernant le rôle de cette dite "communauté internationale" dans nos déboires. Elle n’a pas non plus jugé nécessaire de faire une seule mention des fourberies ni de l’irresponsabilité des nouveaux tenants du pouvoir exécutif haïtien qui systématiquement refusent les règles du jeu et l’architecture institutionnelles inscrites dans la constitution de 1987 et qui n’hésitent pas non plus à utiliser des pratiques peu honorables de marchandisation de tout pour arriver à leur fin.

Madame Jean a eu un regard partisan et une approche très subjective de la réalité haïtienne. On n’a pas non plus fini de digérer, ni de comprendre sa présence suspecte au palais national lors du show médiatique de monsieur Martelly destiné à contourner les institutions haïtiennes et l’enquête de la commission sénatoriale haïtienne sur la nationalité des membres de l’exécutif...

Madame Jean, dans sa vision tronquée et son approche déséquilibrée de la conjoncture,est passée aussi à côté des propositions concrètes et assez souples faites à monsieur Martelly pour le sortir d’embarras tout en réhabilitant les institutions et en stabilisant le pays...Ne lui en déplaise, il n’y a pas que des jusqu’auboutistes en Haïti comme elle semble l’insinuer, mais il existe encore des haïtiens et des haïtiennes qui refusent de piétiner les principes au nom du politiquement correct et d’un certain pragmatisme...

Elle semble plus représenter et défendre les intérêts de la dite "communauté internationale" que ceux d’Haïti. Les flagrantes et récentes ingérences de cette dernière dans les affaires internes du pays lors des dernières élections ne semblent guère interpeller madame Jean.

Elle arrive jusqu’à qualifier "d’insensée" la juste préoccupation decertains sénateurs, députés et de beaucoup d’haïtiens sur la controverse concernant la multiple nationalité des dirigeants haïtiens. Elle va jusqu’à ignorer la volonté populaire exprimée dans la constitution de 1987 qui fixe les limites de la participation aux affaires des "multinationaux" comme cela se fait dans tous les pays. Madame n’ignore sûrement pas qu’il s’agit d’une précaution légale qui protège les Etats contre les indélicatesses et les conflits d’intérêts qui peuvent surgir quand les "multinationaux" se retrouveraient aux postes de grandes responsabilités et de décisions d’état dans ce monde en constante transformation et mondialisation au profit des grands capitaux et des puissants. Peut-être arriverons-nous un jour à mondialiser aussi la richesse pour combattre la misère et sous-développement.Mais en sommes encore loin...

Elle a malheureusement raté l’occasion de prodiguer des conseils salutaires à tous les acteurs alimentant la crise haïtienne sans exception. Ainsi, elle aurait gagné en crédibilité et étendrait sa sagesse à tous ceux qui par orgueil ou par vanité, par cécité ou par intérêts mal placés, font du tort au pays.

Nous pensons que madame Jean s’est trompée. Elle devrait revoir sa copie, réajusteret affiner son analyse de la situation haïtienne actuelle et surtout comprendre qu’un état affaibli comme Haïti qui se cherche, qui voudrait se reconstruire et même se refonder a besoin en effet du concours de tous ses fils et de toutesses filles, tant de l’intérieur que de l’extérieur, de celui de ses vrais amis,mais aussi du respect de la Loi et de la Constitution.

Avec mes sentiments mitigés,

Dunois Erick Cantave

Port-au-Prince, en ce 18 mai 2012, fête du drapeau haïtien.

KONAKOM : Le parti politique moderne pour le renouveau d’Haiti