> Editoriaux > Pour le Drapeau, pour la Patrie : Haïti avant tout est beau !

Haïti-Editorial

Pour le Drapeau, pour la Patrie : Haïti avant tout est beau !

18 mai 2012 : 209ème anniversaire de la création du Bicolore national !

Publié le lundi 21 mai 2012

La commémoration du Drapeau devrait cesser d’être l’occasion d’un simple rituel de parade, de vœux pieux, de grandiloquence stérile et de moquerie cynique à l’endroit de notions sacro-saintes telles que celles de patrie et de nation.

Ce devrait être l’occasion pour nous de cesser de mentir à nous-mêmes. De renoncer aux sordides pratiques de glorifier le passé sans y croire ; d’évoquer les héros de l’indépendance tout en trahissant quotidiennement leurs idéaux ; de brader de façon insouciante le présent et de compromettre l’avenir.

Rendre hommage au Drapeau devrait nous rendre à l’évidence de la perte de la souveraineté nationale depuis maintenant plusieurs années et des limites honteuses de nos dirigeants par rapport à la prépondérance de l’étranger dans les décisions les plus anodines.

Honorer le Drapeau et ceux et celles qui l’ont créé en 1803 devrait surtout nous ramener à la fierté et à la dignité d’être purement et simplement des Haïtiens, conscients et imbus de leur origine, de leur itinéraire et de leurs objectifs de départ. Nous n’irons pas jusqu’à parodier l’autre en prétendant qu’Haïti est la lumière du monde. Mais, à regarder de près ce que nous fûmes et les glorieux personnages qui ont marqué notre passé, nous sommes en droit de déclarer que rien ne justifie que nous nous prosternions aujourd’hui face aux autres nations.

En étant nous-mêmes sans nous en prendre aux autres et sans partir en guerre contre un quelconque apport étranger à notre culture, nous devrions aujourd’hui être un et indivisible dans l’objectif de recouvrer notre souveraineté ; dans la défense, la promotion et la mise en valeur de tous les éléments de notre identité : notre langue maternelle, le créole ; nos us et coutumes ; la religion populaire, le vodou et tous les éléments qui en dérivent en matière de folklore et de production artistique.

Certes, certaines couches de nos élites ont hérité du français qui constitue une de nos langues officielles que nous n’avons aucune raison de rejeter et dont il faudrait assurer la diffusion au sein de la population dans des conditions bien différentes de celles de son enseignement aujourd’hui dans le pays. Le contexte dans lequel nous vivons et le développement de notre diaspora font que l’anglais et l’espagnol nous deviennent tout aussi nécessaires.

Par-dessus tout, la Fête du Drapeau devrait nous amener à l’introspection et à l’autocritique, par rapport à nos démarches et à nos actes. Nous devrions ainsi accepter courageusement de nous remettre en question et de nous interroger : voulons-nous vraiment être des Haïtiens ? Que signifie être Haïtien en l’an de grâce 2012, avec la présence de l’étranger partout et dans tous les domaines ? Quelle somme d’engagement, de sacrifice, d’abnégation faut-il aujourd’hui pour qu’on devienne citoyen haïtien et que cela conduise, dans la réalité, à des comportements positifs, tels que nous pourrions parvenir à rassembler le plus de compatriotes possible autour d’un projet et d’une vision qui puissent nous permettre de renouer avec les grands idéaux humanistes et patriotiques qui ont porté nos ancêtres au sacrifice suprême de leur vie ?

Sans recourir à l’autarcie, sans verser dans le chauvinisme ou se morfondre dans un nationalisme de bas étage, ne devrions-nous pas nous prêter à la conversion qui ferait que, désormais, nous placions l’intérêt national par dessus tout ? Est-il nécessaire de rappeler, à ce sujet, que tous nos partenaires étrangers ne font que défendre leurs intérêts propres et que, jamais, leurs motivations ne sont simplement philanthropiques et humanitaires ?

Aujourd’hui où, dans la presse étrangère, l’on parle de la découverte d’importants gisements de métaux précieux dans la région septentrionale du pays, peut-on se hasarder à déceler les motivations véritables de l’intérêt manifesté par de nombreux pays à ce « pauvre » petit coin de terre peuplé de « va-nu-pieds nègres » ?

Dans l’attente d’une confirmation en bonne et due forme de l’existence de ces trésors par l’autorité compétente haïtienne, ne peut-on pas déjà souhaiter que ce soit finalement l’occasion de la grande concertation autour des bénéfices que devrait en tirer le pays ? Ne faudrait-il pas, déjà, parer au risque que toutes les décisions à ce sujet soient prises « en petits comités », par des clans politiques, par un gouvernement, par des groupes restreints d’affairistes ou d’hommes d’affaires ?

Ne serait-ce pas le moment opportun de faire le plus attention au slogan « Haïti is open for business », afin que l’on s’assure des meilleures conditions de concessions éventuelles à des compagnies minières, et que les ressources ne soient pas autant vilipendées que ce fut le cas pour la bauxite avec la Reynolds et la SEDREN ? La question est d’autant plus préoccupante que, déjà, l’on nous fait savoir que des compagnies américaines et canadiennes ont dépensé 30 millions de dollars dans des prospections. Qui les avait autorisées à entreprendre de telles prospections ? Devrait-on leur rembourser un tel montant ? Pour avoir consenti de tels débours, devrait-on comprendre que ces compagnies sont d’emblée qualifiées à bénéficier des éventuelles concessions ?

Si des Parlementaires conséquents existent, c’est le moment pour eux de mener les enquêtes appropriées et de s’assurer de la véracité des informations relatives à ces richesses et de la préservation des intérêts nationaux, le cas échéant.

Si des dirigeants politiques dignes de ce nom et des responsables d’associations réellement viables de la société civile, en mère-patrie comme en diaspora, existent véritablement, l’heure a aussi sonné pour eux de sortir de leur réserve !

A la Présidence et au Gouvernement, on n’a qu’à rappeler leur obligation de faire montre de sens de responsabilité. Le pays n’étant pas leur bien propre, ils ont l’impérieux devoir de le gérer dans la transparence, en favorisant la participation de tous.

C’est à ce prix qu’eux-mêmes et nous tous, serons dignes du Drapeau que nous prétendons hypocritement vénérer chaque année, à l’Arcahaie !

Pour être digne du Drapeau, il faut raviver l’idéal de grandeur des ancêtres et le porter à des sommets auxquels ils n’auraient jamais pu accéder en raison de leu niveau et de leur époque.

Ainsi, devrions-nous désormais tout envisager de façon grandiose !

Divorçons avec cette vieille manière de concevoir des projets minables et ridicules ! Construisons des œuvres gigantesques pouvant servir à nos descendants des 30 ou des 50 prochaines années et dont ils peuvent être fiers. Que ces œuvres ne soient pas nombreuses, soit, mais qu’elles symbolisent notre volonté de rompre avec la tradition de misérabilisme qui nous a toujours caractérisés. Certes, des routes sinueuses seront toujours nécessaires en des endroits déterminés. Mais, construisons de grands axes routiers qui désenclavent le pays et le modernisent.

Cet esprit devrait être transversal en touchant aussi le secteur privé des affaires. A l’occasion de la reconstruction du centre ville de Port-au-Prince, par exemple, les hommes d’affaires devraient s’efforcer de projeter une image du futur par un aménagement adéquat des espaces qui tient compte des normes modernes d’urbanisme.

Le nouvel esprit commande de recréer le mythe de la compétence et de la performance. Cela passe par la scolarisation universelle dans le cadre d’une réforme en profondeur de l’enseignement primaire, secondaire, professionnelle et universitaire.

Plus que jamais, notre pays a besoin d’Hommes et de Femmes, d’Haïtiens et d’Haïtiennes authentiques ! Rompre avec la tradition institutionnalisée de mépris du pays et de ses intérêts les plus vitaux, exige à la fois le courage et l’honnêteté qui caractérisent l’humain et l’amour vrai de la patrie qui définit le citoyen.

Ceux qui, d’Haïti ou d’ailleurs, sollicitent à chaque fois une chance pour « X », une chance pour « Y », au mépris des problèmes aigus du pays, doivent aujourd’hui définitivement choisir leur parti. Sont-ils en faveur d’Haïti ou supportent-ils leurs patrons et/ou alliés politiques haïtiens et étrangers, sans accorder aucune importance au pays ? Ils doivent mettre bas les masques ou faire volte-face.

Si elles se confirment, les informations sur l’existence des gisements de métaux précieux ouvrent d’intéressantes perspectives à l’économie nationale et au relèvement d’Haïti. Mais, comment y parvenir si la mobilisation générale n’est pas décrétée ?

C’est peut-être le train de la dernière chance. Sommes-nous prêts à le rater, par ignorance des enjeux économiques ou par volonté de plaire à des dirigeants politiques à qui l’on accorderait carte blanche pour qu’ils fassent ce qu’ils veulent du pays ?

« Pour le Drapeau, pour la Patrie, Haïti avant tout est beau ! », autour d’un projet sous-tendu par une forte et claire vision s’inspirant de l’article premier de la Constitution de 1987 d’une République d’Haïti « indivisible, souveraine, indépendante, coopératiste, libre, démocratique et sociale ».

Marvel DANDIN