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Gotson Pierre et Harold Isaac présentent "Koneksyon" en partenariat avec le Groupe Medialternatif

Le Conatel a-t-il joué son rôle dans l’achat de Voilà par la Digicel ?

Cette douteuse opération soulève un grand nombre de questions

Publié le mercredi 11 avril 2012

Le sujet brûlant du monde des télécommunications cette semaine en Haïti c’est l’achat de Voilà le 30 mars dernier par la Digicel. Cet achat s’est conclu entre la Digicel et la compagnie-mère américaine de Voilà, Trilogy International Partners.

Contrairement aux pratiques courantes lors de telles transactions, le montant est demeuré inconnu. De même, les autorités réglementaires, le Conseil National des Télécommunications (CONATEL), qui est censé se prononcer sur la conformité et l’équité de l’opération, semble avoir manqué à ses devoirs.

Dans tous les cas, on peut dire que c’est la plus importante transaction dans les télécommunications au pays depuis mai 2010, lorsque la vietnamienne Viettel a acheté 60% de la Téléco, la compagnie d’Etat. Cela a transformé l’ancien fleuron national en Natcom, avec 40% des actions appartenant à l’Etat Haïtien

Pour l’achat de la Teleco, nous savons que Viettel s’était engagé à un investissement initial de 59 millions de dollars.

Ce qui semble clair maintenant, c’est que la prise de contrôle par Digicel de sa rivale Voilà, a été réalisée dans une "bouteille noir", malgré l’insistance de la presse et le droit du public à être informé.

Dans une économie de marché libre, quand un grand concurrent en achète un autre, les autorités régulatoires (dans notre cas, la Conatel) supervisent généralement l’opération afin de s’assurer qu’il ne nuise pas à l’esprit de concurrence qui doit exister pour que les consommateurs aient un choix.

Selon les données que nous avons compilé, avant la transaction la Digicel contrôlait environ 66% du marché tandis que la Voilà (Comcel) en contrôlait environ 32% et Haitel environ 2%.

Ce qui signifierait qu’après cet achat, les parts de Digicel ont bondi à 98% mettant le géant dans une situation de monopole dans le secteur de la téléphonie cellulaire en Haïti.

Et généralement, les consommateurs ne bénéficient pas d’une situation de monopole du moins selon les lois antitrust en vigueur dans des pays tels que les États-Unis ou la Jamaïque.

Digicel a commencé à fonctionner en Haïti en 2005, tandis que la Voilà est la dernière marque de commerce de Comcel, établie en Haïti depuis 1999.

Cette nouvelle situation de monopole inquiète certains experts en Haïti, en particulier lorsque l’on considère que la Haitel (2% de part de marché) vient d’être acculée à la faillite.

Les experts regrettent que la transaction ait eu lieu de cette manière. D’après eux, nous avons régressé parce que la Conatel aurait dû éviter un tel bourbier qui fait perdre aux consommateurs les bénéfices de la concurrence.

Mais ces experts s’accordent à dire que ce qui s’est passé était prévisible. Parce que, depuis l’entrée de Natcom sur le marché, les prix ont été poussés à la baisse, ce qui a affaiblit Voilà. Et selon les analystes, la Conatel aurait dû intervenir pour éviter un tel cannibalisme.

Dans le monde, nous avons assisté à au moins 3 cas historiques où la situation de monopole a été remise en cause :

Le premier est la Standard Oil Co. (L’ancêtre de la ExxonMobil) :

En 1911, la Cour suprême américaine a déclaré que la Standard Oil Co. était coupable de monopole dans le marché du pétrole, et a scindé l’entreprise en 34 entités qui sont en concurrence les unes avec les autres.

Le second est AT&T (American Telephone & Telegraph) :

En 1984, le gouvernement américain a éclaté l’entreprise en 7 compagnies régionales (les "Baby Bells") pour favoriser la concurrence.

Le troisième est le cas de la fusion Digicel-Claro en Jamaïque où la FTC (Fair Trade Commission) poursuit actuellement la société en justice pour ces mêmes questions de monopole.

Est-ce que le gouvernement haïtien considère que la Digicel est actuellement dans une situation de monopole ?

Selon certaines estimations, la Natcom contrôle environ 10 à 15% du marché des télécommunications et est prédominante dans le marché de l’Internet. La question est : Est-ce que cette société va pouvoir se créer de la place pour grandir ?

Selon les spécialistes auxquels nous avons parlé, l’état doit prendre ses responsabilités en ce qui concerne l’avenir. Cependant, le problème est que nous ne savons pas s’il y a un plan, nous ne savons pas où nous allons et qui est en contrôle du jeu. Gotson Pierre / Harold Isaac