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Haïti - Politique

Message à la Nation de la Fusion des Socio-Démocrates Haïtiens

Bilan de l’année 2011 et perspectives sur l’année 2012

Publié le lundi 16 janvier 2012

ADRESSE À LA NATION

Au seuil de cette nouvelle année 2012 la Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (FUSION) croit important et salutaire de prendre le temps de faire même brièvement un bilan de l’an 2011 pour voir et analyser la situation réelle de notre pays, évaluer nos actions et nos prises de position en tant qu’acteurs de la vie politique et proposer une vision et des pistes de solutions pour éviter une aggravation des crises qui nous guettent et relever les multiples défis auxquels nous faisons face.
Un constat désastreux

Cette année fera vingt-cinq ans depuis que le peuple haïtien a décidé de tourner le dos à la dictature et à chercher la voie du progrès économique, de la démocratie et de l’état de droit. Cependant force est de constater que dans ces trois domaines le bilan est plutôt maigre. Notre pays végète encore dans la pauvreté et le sous-développement, les masses urbaines et rurales s’enfoncent dans la misère, la classe moyenne a du mal à joindre les deux bouts et nos immenses cohortes de jeunes ont pour beaucoup perdu leurs repères et leurs valeurs et sont inquiets pour leur avenir.
Vingt-cinq ans c’est une génération et nous nous retrouvons aujourd’hui, nous la première république noire indépendante du monde, sous la coupe de la communauté internationale avec les forces armées et de police de plus de trente-cinq pays sur notre sol. Et personne ne peut sérieusement dire aujourd’hui ce qui se passerait si les Nations Unies décidaient brusquement de retirer leurs troupes. En tant que nation nous n’avons même pas pris la peine de nous concerter pour nous mettre d’accord sur ce qu’il faut faire pour créer un climat de paix et de stabilité qui rendrait inutile ces ingérences étrangères à répétition. Cette situation nous interpelle au sein de la FUSION et devraient porter tous les acteurs politiques à s’interroger sur la responsabilité des uns et des autres dans ce désastre collectif. Notre devise l’union fait la force nous a permis de donner une leçon au monde entier, aujourd’hui la désunion, la méfiance et la division nous empêchent de prendre notre destin en main.
Le séisme du 12 janvier 2010 est venu aggraver la situation. Deux ans après nous n’avons toujours pas réussi à mettre en place des projets et des programmes crédibles pour démarrer la reconstruction. Le formidable élan de solidarité internationale enregistré après la catastrophe, si elle a permis de faire face à l’urgence, peine à se traduire en actions concrètes en matière de reconstruction. Responsables : notre faible capacité d’absorption, le manque de crédibilité de nos administrations, notre gouvernance déficiente et les incertitudes politiques. Autant de raisons avancées pour ne pas tenir les nombreuses promesses qui nous ont été faites

Des combats inachevés
La FUSION en tant qu’acteur de la vie politique a mené avec d’autres différents combats pour apporter sa contribution à la construction démocratique. Rien n’est plus pénible pour une formation politique démocratique que de refuser de participer à des compétitions électorales. Dès l’année 2009 la FUSION a tiré la sonnette d’alarme et engagé avec d’autres le combat pour mettre un terme à la malédiction des élections frauduleuses et truquées qui depuis la fin de la dictature mine notre vie politique et nous empêche de consacrer nos énergies aux vrais problèmes du peuple haïtien. Malheureusement notre lutte pour des élections libres, honnêtes et démocratiques n’a pas reçu le soutien escompté, l’immense majorité de nos compatriotes préférant se réfugier dans l’abstention. Hélas nos craintes se sont révélées justes, les faits nous ont donnés raison et de quelle façon ! Les résultats sont connus : une ingérence étrangère dans la fabrication des résultats, des élections inachevées, plusieurs sièges étant toujours à pourvoir, un CEP décrié et finalement révoqué, des conseillers électoraux en fuite ou en résidence surveillée sur lesquels pèsent de graves accusations de fraudes et de corruption.
Au nom de la stabilité et pour faciliter la reconstruction, nous avons tous accepté cette situation. Mais l’absence de majorité fonctionnelle et les tentations de retour vers certains procédés non démocratiques font peser des risques considérables sur notre pays. La nation ne peut pas se payer le luxe de crises multiples à répétition. Les défis à relever sont trop nombreux et la patience du peuple a des limites. Les pouvoirs publics ne peuvent pas se contenter de répondre aux attentes des haïtiennes et des haïtiens par des campagnes de communications et, ou par des promesses mirobolantes. Malgré la bonne volonté apparente des uns et des autres, nous ne pouvons pas faire comme si notre nation n’était pas divisée, comme si notre état n’était pas en déliquescence, comme si nous n’avions pas de problèmes de gouvernance et de corruption, comme si notre système judiciaire était fiable, comme si la sécurité régnait sur toute l’étendue du territoire, comme si toutes nos institutions fonctionnaient convenablement, bref comme si nous étions un pays normal. Ne nous y trompons pas, nous ne pourrons pas faire l’économie d’une vaste concertation nationale pour nous mettre d’accord sur les questions essentielles. Si nous croyons pouvoir bruler cette étape, il ne faudra pas nous étonner que les crises continuent de se multiplier dans notre pays et que malgré l’injection hypothétique de milliards de dollars nous n’arrivions pas à obtenir des résultats durables.

Pour un pacte de gouvernabilité
La FUSION avec ses partenaires de l’ALTERNATIVE fait depuis un certain temps déjà la promotion d’un pacte de gouvernabilité. Il ne s’agit pas d’une manœuvre politique ou politicienne visant à engranger un gain politique immédiat. Beaucoup de pays en Europe et en Amérique Latine et ailleurs qui se sont retrouvés comme nous à la croisée des chemins avec des crises politiques majeures, ont emprunté cette voie pour mettre tous leurs citoyens d’accord sur un certain nombre d’objectifs communs minimums pour sortir du marasme et s’engager sur la voie du progrès durable. Les haïtiens sont divisés, une méfiance chronique s’est installée depuis trop longtemps parmi nous. Chacun aura toujours une bonne raison de se méfier de son voisin, mais nous devons nous montrer à la hauteur de la situation et des enjeux. Notre nation est en train de s’effondrer inexorablement et si nous n’y prenons garde, nous risquons de perdre durablement notre souveraineté. Il nous faut un sursaut collectif, nous devons faire preuve d’abnégation et de capacité de dépassement.
Les contacts établis montrent que tous les secteurs, en des termes différents, croient indispensable ce chita tande nasyional. Qu’il s’agisse de l’Exécutif, Présidence et Gouvernement, du parlement, de la communauté internationale, des églises, tous ont d’une manière ou d’une autre souscrit à cette idée, même si méfiance aidant chacun y met son propre contenu et ses propres limites. En tout état de cause une telle démarche doit être une affaire strictement haïtienne, même si nous pouvons, si nous le jugeons nécessaire ou utile, demander à des nations sœurs de venir partager avec nous leurs expériences. Tout peut être mis sur la table y compris la question de la méfiance à surmonter.
Ce pacte de gouvernabilité qu’il ne faut pas craindre d’appeler par son nom, peut seul nous permettre d’adresser les problèmes conjoncturels auxquels nous faisons face et de penser un projet national à moyen et long terme. Nous avons besoin de stabilité et nous avons un gouvernement sans majorité fonctionnelle. Sans un pacte, pour gouverner ce pays dans une telle configuration, nous allons immanquablement vers des crises politiques à répétition. Nous n’allons pas reprendre ici toutes les propositions contenues dans le projet de pacte de gouvernabilité que nous avons diffusé avec l’ALTERNATIVE. Nous dirons toutefois qu’il n’y a qu’un instrument de ce genre qui puisse nous permettre de trouver des consensus suffisants pour :

• Relever les nombreux défis et saisir les opportunités qui nous attendent pour 2012 ;
• Constituer une majorité fonctionnelle susceptible de soutenir une vision, un projet et une équipe gouvernementale pour les mettre en œuvre ;
• Adopter rapidement un budget répondant aux urgences du moment et reflétant les priorités que nous aurons déterminé ensemble ;
• Soulager les souffrances des six cent mille de nos compatriotes qui sont encore dans l’attente d’un logement décent ;
• Créer les conditions favorisant les investissements, la création d’emplois durables et la production nationale ;
• Donner un avenir et de l’espérance à nos jeunes ;
• Mobiliser les ressources nécessaires pour l’accès universel à une éducation de qualité tant au niveau scolaire qu’universitaire, professionnel et technique ;
• Concrétiser la décentralisation ;
• Nous mettre d’accord sur la mise en place d’un dernier Conseil Électoral Provisoire de consensus pour l’organisation dans un délai raisonnable de véritables élections libres honnêtes et démocratiques utilisant le vote électronique ;
• Reconnaitre le rôle déterminant des partis politiques dans la construction de la démocratie et de l’état de droit et accepter le financement public convenable de leurs activités et de leurs campagnes électorales.

La FUSION est prête
Dans le courant de l’année 2011 la FUSION a pris les dispositions nécessaires pour continuer le combat pour la démocratie et le progrès. Elle a renouvelé sa direction en la rajeunissant et en la féminisant davantage. Elle invite tous les démocrates qui partagent avec elle les valeurs de liberté, de progrès économique et social, de solidarité et de respect de l’état de droit, celles et ceux qui se sentent concernés par le devenir de notre chère Haïti et qui hésitaient pour des raisons diverses à s’engager, à rejoindre nos rangs dans notre combat démocratique au service du peuple haïtien. Haïti a besoin de vous, la FUSION a besoin de vos talents. Nous voulons construire une FUSION forte et durablement enracinée dans la société haïtienne, tout en poursuivant sans relâche notre démarche unitaire au sein de l’ALTERNATIVE pour offrir au peuple un instrument stratégique capable de charrier leurs revendications légitimes et de participer valablement aux alternances à la tête d’un pays.
La FUSION nouvelle entend être un parti plus proche de la population, plus à l’écoute des préoccupations de toutes les catégories sociales, jeunes, femmes, paysans, milieux d’affaires formels et informels, etc. Nous ne nous contenterons pas de faire la promotion du pacte de gouvernabilité nous allons participer activement à son élaboration et réfléchir avec tous les citoyens concernés, confronter nos idées, débattre, écouter, convaincre. La FUSION ne participe pas au gouvernement et pour cause, elle est restée conséquente avec ses choix et n’a pas participé aux dernières élections. Sa représentation au parlement est donc fort réduite. Elle va tout mettre en œuvre pour combler cet handicap à l’occasion des prochaines élections sénatoriales et locales. Cependant la FUSION jouera pleinement son rôle comme force de proposition, sera présente dans tous les débats importants intéressant la nation, affirmera en tant que de besoin et de façon responsable sa différence.

La FUSION est prête à travailler avec tous, toutes les démocrates, de bonne volonté pour que cette année soit meilleure que la précédente. Ceci ne sera possible que si chaque haïtien, chaque haïtienne y met du sien. A ce carrefour de notre histoire de peuple, il nous incombe de faire les bons choix pour nous en sortir durablement. Jusqu’ici, dans les situations difficiles, nous avons pris la fâcheuse habitude d’abdiquer nos responsabilités et de nous en remettre à l’internationale pour décider à notre place, elle fait toujours des choix contestables aux conséquences catastrophiques.
Puisse l’année2012 nous apporter la volonté pour agir, l’intelligence pour construire et la sagesse pour choisir.
Que vive la Nation ! Que triomphe la démocratie !
Ayiti pap peri fòn chanje sa.
Port-au-Prince, le 9 janvier 2012

Edmonde SUPPLICE BEAUZILE
Présidente

Ci-joint la version originale du document :
Messsage à La Nation du Parti de la Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens