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Conférence-débat en mémoire de Jean-Claude Bajeux

Hommage de la Fokal à Jean-Claude Bajeux

Ochan posthume au militant Jean-Claude Bajeux

Publié le jeudi 15 décembre 2011

Ochan Hommage à Jean-Claude Bajeux
Hommage posthume ce 15 décembre de la FOKAL à Jean –Claude Bajeux défenseur des droits humains décédé il y a 4 mois des suites d’un cancer du poumon. Universitaire professeur Jean Claude Bajeux était avant tout un militant engagé dans la lutte pour le respect des droits humains en Haiti Homme de conviction il a combattu la dictature sanguinaire des Duvalier ainsi que tous les gouvernements autoritaires militaires et civils qui ont tenté vainement de rétablir la dictature en Haïti durant ces 25 dernières années A son retour d’exil en 1986 lui et sa femme Sylvie fondèrent le Centre œcuménique des droits humains CEDH

Une rencontre-débat animée par Michèle D. Pierre-Louis réunira Me Jean Joseph Exumé, Mme Danièle Magloire, Mr Laennec Hurbon et le révérend-père William Smarth. A l’heure où l’on galvaude l’utilisation des termes d’atteinte ou de défense des droits humains, Jean-Joseph Exumé rappellera l’acception juridique des droits humains et les recours juridiques en cas de violation des droits humains en Haiti. Danièle Magloire, directrice de Droits et démocratie et militante pour les droits humains, évoquera le parcours et la place qu’occupait Jean-Claude Bajeux dans le combat pour le respect de ces droits, en Haïti mais aussi ailleurs, pendant ses années d’exil. Laënnec Hurbon, docteur en théologie (Institut catholique de Paris) et en sociologie (Sorbonne), est directeur de recherche au CNRS et professeur à l’université Quisqueya de Port-au-Prince, dont il est l’un des membres fondateurs. Grand ami de Jean-Claude Bajeux, il évoquera son parcours et son travail pour la création du CEDH. Enfin, le père William Smart, membre de la congrégation des pères du Saint-Esprit du Petit séminaire / collège Saint-Martial, Dr en théologie et en droit canon, fondateur du CIFOR pour la formation des séminaristes, présentera le parcours de Jean-Claude Bajeux comme prêtre, son expérience au Cameroun, l’animation de la Bibliothèque des Jeunes et la rédaction de son journal Rond-Point, sa militance contre l’injustice.

Biographie succinte de Jean-Claude bajeux

Jean-Claude Bajeux, né à Port-au-Prince en Haïti le 17 Septembre 1931, a fait ses études secondaires au Collège Saint-Martial à Port-au-Prince et ses études de philosophie et de théologie en France avec les Pères du Saint-Esprit. Il est diplômé en philosophie (BA) de l’Université de Bordeaux (France). Il a été professeur de philosophie au Cameroun (1956-1961).

Il a collaboré à la publication de « Interroger les prêtres noirs » (Paris, Éditions du Cerf, 1956). Entre 1956 et 1960, il a été un collaborateur et le rédacteur en chef d’un magazine hebdomadaire au Cameroun qui défendait l’indépendance du pays, finalement obtenue en 1960.
En Haïti, il a été professeur de philosophie au Collège Saint-Martial à Port-au-Prince où il a édité la revue Rond-Point (1961-1964) et a été animateur de la « Bibliothèque des jeunes ».

En février 1964, il a été expulsé d’Haïti et contraint à l’exil par François Duvalier « Papa Doc » pour avoir obtenu les signatures de prêtres haïtiens pour une lettre de protestation contre l’expulsion d’Haiti des jésuites du Canada.

En 1964, il réside à Santo Domingo, en République dominicaine, au Centre d’amitié des peuples, afin de soutenir les exilés et les coupeurs de canne haïtiens.

En Juillet-Août 1964, par ordre de François Duvalier, 5 membres de la famille Bajeux : sa mère, deux frères, deux sœurs sont arrêtées et disparaissent dans la redoutable prison de Fort-Dimanche. Les arrestations se déroulent après une invasion de la guérilla de jeunes afin de renverser la dictature de Duvalier à partir de la République dominicaine.

Jean-Claude Bajeux passe un an au Centre interculturel de documentation à Cuernavaca où il édite une collection de documents sur l’histoire de l’Amérique latine. En 1967, il est nommé professeur de littérature comparée et des Antilles à l’Université de Puerto Rico à Rio Piedras ; poste qu’il occupa jusqu’en 1992.

En 1977, il entreprend un doctorat en langues et littérature à l’Université Princeton. Cette même année, il publie sa thèse de doctorat sur la poésie antillaise noire.

De 1960 à 1986, Jean-Claude Bajeux n’a pas cessé de lutter contre la dictature des Duvalier. Il a également participé à d’importants combats pour la défense des travailleurs haïtiens en République Dominicaine. En 1979, avec le soutien du Conseil œcuménique des Eglises (COE), il fonde à Saint-Domingue le Centre Œcuménique des Droits humains (CEDH).

En 1980, il est nommé directeur du Centre interrégional pour les réfugiés haïtiens (CIRH) à Porto Rico où il milite pour la liberté des réfugiés haïtiens incarcérés à Fort-Allen, avec succès.

Le 14 février 1986, après 23 ans d’exil, Jean-Claude Bajeux est le premier exilé haïtien à retourner dans son pays après la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier.

En 1987, il fut l’un des dirigeants fondateurs du Congrès National des Mouvements Démocratiques (KONACOM) ; une coalition qui s’est mobilisée en Haïti pour défendre la nouvelle constitution et qui a été mis en danger par la menace d’une junte militaire. Durant cette même année 1987, le CEDH a déménagé à Port-Prince. Depuis lors, le CEDH est une des principales organisations de défense des droits humains en Haïti.

En 1991, Jean-Claude Bajeux a publié la première édition bilingue (français et créole) de la Constitution haïtienne. Il a dû à nouveau quitter Haïti en 1993, suite à une attaque de sa résidence par une organisation paramilitaire. Il est revenu au pays en 1994 et a été nommé ministre de la Culture dans le gouvernement Smarck Michel (1994-1996).

En 1997, Jean-Claude Bajeux publie un recueil de poèmes intitulé « Textures » (Imprimerie Deschamps).

Spécialiste de la littérature, il écrit en français et en créole l’unique anthologie (Editions Mosochwazi Antilia 1999) de toute la littérature haïtienne écrite jusqu’en 1999.

En 2002, il a reçu le Prix des Droits Humains de l’Etat français. Après le séisme de 2010, lui et son épouse Sylvie ont ouvert les portes de leur maison au personnel du CEDH et à des personnes du voisinage immédiat qui avaient perdu leur logement.

Jean-Claude Bajeux s’est éteint à 14h00 le 5 août 2011 des suites d’un cancer du poumon.Source FoKal