> Editoriaux > Arrivée de la NATCOM : une raison de plus pour la modernisation de l’Etat et (...)

Haïti-Télécommunications-Editorial

Arrivée de la NATCOM : une raison de plus pour la modernisation de l’Etat et l’affirmation du sens de responsabilité des dirigeants

Afflux de capitaux étrangers et responsabilités d’Etat

Publié le lundi 12 septembre 2011

Les défis qui se dressent devant l’appareil d’Etat haïtien deviennent chaque jour plus importants, au fur et à mesure que des investisseurs étrangers prennent le risque de s’installer chez nous.

L’arrivée de la NATCOM sur l’échiquier technologique et économique haïtien rappelle en ce sens la nécessité d’une responsabilisation plus accrue des pouvoirs publics concernés, dans un contexte d’après-séisme vraiment inquiétant, le pays étant toujours exposé aux risques de catastrophes de toutes sortes et jouissant d’une stabilité précaire due à la non-résolution de la crise politique. Des signes et indices sont significatifs à ce sujet : absence d’un nouveau gouvernement plus de 3 mois après la prestation de serment du nouveau Président de la République ; remontée de l’insécurité et appréciation, quoique faible, du dollar par rapport à la gourde.

Les importants investissements effectués par Voilà et Digicel impliquaient déjà la nécessité de cette responsabilisation plus accrue des pouvoirs publics. Avec l’arrivée de la NATCOM, outre l’augmentation encore plus substantielle du capital étranger dans le secteur, le problème se pose désormais d’une nette intensification de la concurrence, avec toutes les conséquences possibles et imaginables si les pouvoirs publics ne peuvent s’élever désormais à la hauteur de leurs tâches et de leurs responsabilités.

D’abord, la nécessité de l’élaboration d’un cadre législatif et normatif plus approprié s’impose. Les instruments légaux disponibles ne sont certes pas adéquats et ne permettent pas de résoudre des problèmes tout à fait nouveaux qui surgissent dans le contexte haïtien avec le fulgurant développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Le droit haïtien ignore bien des aspects de ces impressionnants phénomènes technologiques, dont l’internet. Au lieu de se chamailler à longueur de journée sur le sexe des anges ou à défendre contre vents et marées leurs intérêts mesquins, nos législateurs auraient intérêt à se pencher sur les nouveaux instruments qu’il faut au régulateur haïtien des télécommunications pour qu’il puisse agir efficacement, au bénéfice de l’Etat et du public, tout en protégeant les intérêts des différents opérateurs.

Autant que des lois, il faut désormais la disponibilité en normes administratives et de gestion plus appropriées à la nouvelle configuration du secteur des télécommunications, où prévalent des manières spécifiques de faire et d’agir dont la maitrise s’avère nécessaire à la gestion d afin des éventuels conflits, à leur prévention, à l’aménagement progressif et constant d’un cadre général de compétition chaque jour plus dynamique et fonctionnel. A ce niveau, il faut incontestablement des compétences plus pointues aux TPTC et au Conseil National des Télécommunications (CONATEL).

Autant que des instruments légaux, administratifs et normatifs, il faut désormais beaucoup plus de moyens techniques au régulateur, le CONATEL. Il ne doit plus se limiter à « humer l’air », à « deviner les ondes », à « s’imaginer les signaux ». La connaissance doit être parfaite des paramètres d’évolution technique de chaque opérateur. Ceux-ci devront exactement correspondre aux normes techniques définies. Le monitoring devra être rigoureux afin que les intérêts des uns et des autres soient absolument respectés et que le secteur ne sombre dans l’anarchie.

Le système judiciaire et la police doivent également se mettre au pas. Il faut que le principe de l’équité préside absolument, au niveau du système judiciaire, à la résolution des conflits inévitables entre les opérateurs. Il importe aussi que leurs propriétés, leurs biens et leurs équipements soient protégés. A ce sujet, en dehors des cas isolés et sporadiques, le sabotage systématique des installations de l’un quelconque des opérateurs, dans un système de libre concurrence, est inacceptable. C’est le cas aujourd’hui pour la NATCOM, mais qui sait quel autre opérateur en sera affecté si l’Etat continue de faillir à ses responsabilités.

En un mot, ce qui vaut aujourd’hui pour le secteur des télécommunications en termes de responsabilités à assumer par l’Etat, vaut également pour tous les autres domaines d’investissements si l’on veut véritablement attirer des capitaux étrangers et non se livrer aux opérations prédatrices traditionnelles par lesquelles, le monopole aidant, des minorités « extrêmement zuit » (comme dirait l’autre) se sont enrichies à travers le temps.

Si l’on parle de développement et de modernisation, ou même de changement (pour être à la mode), cela implique un effort colossal en vue de mettre les pendules à l’heure. En cela, une gestion intelligente des ressources universitaires et techniques tant d’Haïti que de la diaspora pourrait aider à combler rapidement les lacunes. Le partenariat avec l’étranger pourrait aussi se développer, avec pragmatisme, sur cette base. Point n’est besoin en ce sens de tout réinventer : on peut faire des emprunts et procéder à des adaptations pour aller vite, car l’on devrait bien se situer dans un contexte quasi standard de développement par rapport à d’autres pays de la région. Alors, sans vouloir plagier à tous les coups, pourquoi ne pas étudier les expériences des autres et en tirer ce qui pourrait éventuellement nous être utile. On peut sauter dans des trains en marche, si l’on s’y met résolument.

Pour atteindre de tels objectifs, la compétence des gens au pouvoir, leur capacité de développer une vision et de définir des stratégies, sont d’une absolue nécessité. Ils doivent de ce fait faire preuve de leadership en parvenant à impliquer le plus de monde possible dans la dynamique du changement. La population doit être au courant des options arrêtées et du rôle qui est le sien par rapport à celles-ci.

En guise de conclusion, et pour en revenir de façon spécifique à la NATCOM, il faudra, en raison des 40% de l’Etat au sein de l’entreprise vietnamo-haïtienne, que les intérêts du peuple haïtien soient défendus avec rigueur et détermination. Ceci n’implique pas, pour autant, que les intérêts des autres opérateurs soient mis de côté. Il ne faudra pas que, dans cette concurrence qui s’annonce âpre, l’Etat soit contre l’Etat, c’est-à-dire que des gens placés pour défendre les intérêts de l’Etat se dressent contre ces intérêts. Encore une fois, ceci ne signifie point que l’Etat doive directement investir le champ de la concurrence pour prendre partie en faveur des entreprises dans lesquelles il détient des intérêts. Mais, le contraire ne doit point se produire, tout aussi bien. A ce niveau, la nation doit faire montre de vigilance et de discernement, car, comme le dit le vieil adage, "se mèt kò ki veye kò".

Marvel DANDIN