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René Préval pense à prolonger son mandat

Malgré un engagement officiel sur la date du 7 février 2011 pour son départ du pouvoir, le Président met le cap maintenant sur le 14 mai ; le Parlement, bientôt caduc ou réduit, appelé à se prononcer avec célérité sur un projet de loi modifiant les termes du mandat présidentiel ; levée de boucliers dans la classe politique et la société civile contre un "projet dictatorial naissant"

Publié le mercredi 5 mai 2010

Le Président René Préval a introduit mercredi une proposition de modification de la loi électorale en vue de la prolongation éventuelle de son mandat jusqu’au 14 mai 2011, une tentative de maintien au pouvoir contraire à l’engagement plusieurs fois répétée du chef de l’Etat de quitter ses fonctions le 7 février.

Un arrêté présidentiel annonce l’ajout au menu de la session extraordinaire du Parlement du projet de loi relatif à l’amendement de l’article 232 de la loi électorale du 9 juillet 2008.

La version actualisée de l’article est la suivante : "le Président de la république est élu pour cinq ans et est en fonction jusqu’au 7 février 2011, au cas où les élections auront lieu au plus tard le dernier dimanche du mois de novembre 2010. Dans le cas contraire, il reste en fonction jusqu’à l’installation de son successeur élu, ou au plus tard, jusqu’à la fin de son mandat de cinq ans, soit le 14 mai 2011".

Les dispositions prévues dans l’arrêté presidentiel s’appliquent également aux Sénateurs élus respectivement pour six et quatre ans ainsi qu’aux membres des conseils et des assemblées des collectivités territoriales.

Quant aux Députés, l’extension de leur mandat court jusqu’au deuxième lundi de mai 2010.

Le ministre chargé des relations avec le Parlement, Joseph Jasmin, a effectué au pas de charge le dépôt du projet de loi qui risque d’être entériné par les deux Chambres avant la fin lundi prochain de la 48e législature et le départ de tous les Députés et d’un tiers des Sénateurs.

Estimant qu’il s’agissait d’une "procédure ordinaire", le ministre écarte d’un revers de main les critiques de certains parlementaires dénonçant l’inconstitutionnalité de l’initiative présidentielle. Il a mis en avant le fait que les mêmes dispositions avaient été prises au profit des Sénateurs, des Députés et des élus locaux.

L’Exécutif attend la décision du Parlement, a fait savoir un Joseph Jasmin particulièrement confiant.

Pour sa part, le président de la Chambre des Députés, Levaillant Louis-Jeune, membre fondateur de la nouvelle coalition présidentielle Inite, croit que si l’assemblée approuvait le projet de loi modifié elle rendrait "justice" au Président de la république qui avait débuté son second et dernier mandat le 14 mai 2006, avec trois mois de retard.

Avant lundi, jour d’adieu des Députés, les élus se prononceront sur le document, a promis Louis-Jeune qui met en garde contre tout procès d’intention par rapport à la démarche de l’Exécutif.

Plusieurs Députés et Sénateurs de l’opposition et des leaders de partis et de la société civile tels Evans Paul (KID/Alternative) et Rosny Desroche (ISC) ont dénoncé avec véhémence l’émergence du "projet dictatorial" de René Préval et ce qu’il représente comme menace pour la démocratie haïtienne.

Le chef de l’Etat qui, il y a encore deux semaines, s’était engagé à remettre le pouvoir le 7 février 2011 à un successeur élu, a fait un virage à 180 degrés au moment où les spéculations vont bon train sur de présumés obscurs desseins de son régime concernant notamment la mise à l’écart de la constitution et l’organisation des prochaines élections. spp/Radio Kiskeya