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Haïti-Société
A l’heure des grands défis !
lundi 4 janvier 2010,
2010 arrive. Une nouvelle décennie démarre. Mais, que signifie pour nous, Haïtiens, changement d’année, de décennie ou d’époque ?
La question se pose en raison de l’obsédante permanence de nos avatars et de nos travers à travers le temps. Plus le temps passe, plus nous ressemblons à nous-mêmes. Les années passent et l’Haïtien demeure tel qu’il fut, tel qu’il est, dirait-on avec pessimisme.
Si les dirigeants doivent être les premiers à subir les blâmes en raison de leur échec à réaliser les transformations matérielles et morales souhaitées, il n’en demeure pas moins que les Haïtiens de toutes les catégories sociales, d’ici et d’ailleurs, et particulièrement les secteurs organisés de la société civile, ont eux aussi failli dans la dynamique de création d’une véritable alternative à nos modes d’agir et de penser.
Pareille réflexion nous convie à une méditation plus poussée du vieux dicton selon lequel « les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent ». Un dicton qui nous fait prendre la juste mesure de nos errances, de nos manquements et de nos insuffisances, à travers le temps. Si, à travers l’histoire, il y a eu des efforts, dont certains mémorables et douloureux, pour contrecarrer des régimes honnis, il est indéniable que le triomphe, à chaque reprise, de ces derniers a toujours finalement révélé, à tort ou à raison, l’incapacité des forces contraires à empêcher leur enracinement.
Un ensemble de questions se pose alors ayant rapport aux stratégies, au mode d’organisation, à la vision, aux méthodes de lutte, aux modes d’agir et de penser des forces dites anti-dictatoriales, nationalistes, patriotiques, progressistes ou démocratiques, selon l’époque. C’est sans doute ces questions qui préoccupent ceux qui, de divers horizons, appellent aujourd’hui au renouvellement de la classe politique, à la définition d’un nouveau leadership.
Ce renouveau ne se fera cependant pas en 2010, si le « vieil homme » qui sommeille en nous ne meurt pas. Ce « vieil homme » qui n’a jusqu’à présent pas changé avec le temps. Ce « vieil homme » qu’on retrouve malheureusement partout, au pouvoir comme dans la rue, mais beaucoup plus au pouvoir que dans la rue.
Ce « vieil homme » symbolise toutes les tares qui font que nous soyions encore plongés jusqu’au cou dans la fange : refus carabiné de l’Organisation et de l’Institution ; désinvolture, amateurisme, irresponsabilité en tout ; ignorance et mépris des Constitutions et des lois ; méconnaissance des profondes réalités du pays et refus intime d’être Haïtien par le rejet de la culture et de l’identité nationales ; subordination de l’intérêt général aux intérêts particuliers généralement mesquins ; subordination des intérêts du pays à ceux de l’étranger ; esprit de lucre ; corruption ; intolérance ; sectarisme, esprit de clan, clientélisme et népotisme.
Est-ce à dire qu’aucun autre trait ne caractérise l’haïtien, tel que grandeur d’âme, magnanimité, désintéressement, altruisme ? Certes oui, de tels traits existent. Mais, l’on ne saurait dire qu’ils aient été des traits dominants de notre formation sociale autant que de nos citoyens pris individuellement, de 1804 à nos jours.
2010 ne sera pas différent pour Haïti si tout un chacun ne s’attaque à ces tares en lui et chez les autres.
Rompre avec les tares décrites implique aussi qu’on sorte résolument des méandres du discours et qu’on investisse le champ radieux de l’action. Car, on a certes beaucoup parlé de changement, mais il n’arrivera jamais par enchantement. N’a-t-on pas dit avec ironie que « les Haïtiens sont des grands diseurs de tout et des faiseurs de rien » ?
Il doit cependant s’agir d’actions conçues dans le cadre du renouvellement dont il est aujourd’hui question concernant la vision, les stratégies et le leadership. Car, pour des actions, on en a vu qui n’ont jamais abouti aux résultats escomptés.
Ce sont nos souhaits pour 2010, si tant est que le « vieil homme » vous permet de les recevoir et surtout de leur donner suite, en cette année cruciale où le pays devra certainement compter sur des défenseurs aguerris de Constitutions démocratiques et d’élections libres, justes et honnêtes.
Marvel DANDIN