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EN GUISE D’ADIEU A DANIA JEAN FRANCOIS (22 ANS)

Fille de notre confrère de Radio Ibo, Hérold Jean François, enlevée tragiquement à notre affection le 5 octobre dernier

Publié le vendredi 10 octobre 2008

Par MARVEL DANDIN

Aucun mot, aussi fort, aussi sincère soit-il, ne pourra jamais apaiser cette douleur qui nous tient par les tripes, après la terrible catastrophe de la nuit du 4 au 5 octobre dernier. A ce moment ténébreux, Dania s’éteignait silencieusement, à l’insu de son jeune frère Stéphane, de ses sœurs aînées Erika et Sarah ; à l’insu d’Hérold et d’Adine, de ses collègues étudiants en architecture, du monde … et très loin de la mère patrie.

Au moment du trépas, avant de rendre le dernier soupir, Dania a dû se souvenir des douces caresses d’Hérold et d’Adine. De leurs rêves de grandeur pour elle, pour toute la famille et pour la nation entière. Car, en leurs enfants et dans leur vie de famille, Hérold et Adine ont toujours cherché à créer, en microcosme, cette société humaine et fraternelle dont ils rêvent pour notre pays. Tendresse, amour, partage, sens du dialogue, tolérance, telles sont certaines des valeurs qu’ils ont patiemment inculquées à leurs magnifiques progénitures.

Qu’est-ce qui a dû arriver pour que Dania soit ainsi projetée hors de ce cercle modèle, sans un quelconque indice pour nous prévenir d’un tel désastre ? A-t-elle pu aimer plus qu’elle ne s’aimait elle-même ? N’aurait-elle pas toléré même l’ombre d’une imperfection dans l’idyllique représentation qu’elle se faisait du monde ? A-t-elle pu croire, plus que de raison, dans la nature humaine, dans la sincérité des gestes, dans le respect de la parole donnée, dans la loyauté ? Serait-elle parvenue, mieux que d’autres, à saisir la petitesse des gens, l’inutilité d’une certaine existence, d’un certain mode de vie ? L’aurait-on savamment conduite à une impasse ? S’y est-elle délibérément engouffrée ou faut-il, enfin, croire à autre chose ?

L’on ne peut que s’interroger. Pour ne pas outrager les parents, aussi bien la victime, au cas où (l’on ne sait jamais) elle aurait souverainement décidé de son destin. S’il y a enquête, l’on devrait aussi se garder d’aboutir « ex cathedra » à de quelconques conclusions. Mais, la douleur est telle, face à la subite disparition de Dania, qu’elle aurait pu conduire à la déraison. On aurait pu perdre le nord et se livrer aux plus folles conjectures. L’on aurait pu crier à tous vents à l’injustice du sort. Dania est de ces fines fleurs auxquelles la flétrissure devrait être éternellement étrangère. Et, pourquoi, sans le souhaiter à personne d’autre, cela arrive-t-il à Hérold et à Adine ? Car, il faut bien les connaître pour savoir qu’ils ne méritent pas une telle infortune.

Leur optimisme, leur bonté, leur sens de l’effort, leur croyance en la jeunesse et en l’avenir du pays, leur conception de l’honneur et de la dignité, tout cela les autorisait à croire en un avenir radieux, en une retraite joyeuse, conscients qu’ils seraient, le moment venu, d’avoir combattu le bon combat. Ils verraient alors leurs enfants prendre la relève pour continuer à répandre les semences de vie dans un pays qui ne fait que flirter avec la mort.

Alors, Dieu, pourquoi eux ? Pourquoi nous ? !!! Parce que Hérold et Adine sont plus que des amis pour nous. Leurs enfants sont aussi les nôtres, autant que leurs rêves et leurs nobles aspirations.

Le départ inattendu de Dania ne nous laisse pas seulement dans le plus profond désarroi. Elle nous invite à la réflexion sur le sort de toute une génération confrontée aujourd’hui à la pénible et douloureuse obligation d’expatrier ses enfants, afin de leur offrir la chance d’une formation de qualité. Sans être forcément fortunés, de plus en plus de parents y ont recours, face à la faillite de l’enseignement supérieur chez nous, à la faible capacité d’accueil de nos universités et des écoles supérieures.

Mais, il y a plus : de plus en plus de jeunes sont expatriés en raison de l’insécurité et du peu d’opportunités offertes sur place aux diplômés. Alors, ils s’en vont. Ce faisant, plongés dans des milieux hostiles, ils sont désespérément privés de la tendre affection et des conseils avisés de leurs proches restés au pays.

On aura beau faire pour les encadrer et les entourer, grâce au téléphone ou à l’Internet. Il leur manquera toujours le ferment de la présence quotidienne des proches, aussi bien l’environnement culturel. On ne cesse pas d’être d’une nationalité du jour au lendemain, encore moins de perdre sa profonde et incontournable « haïtianité » en 5 ans d’études, ou plus, en terre étrangère.

Nombreux sont ces jeunes expatriés qui ont le mal du pays et qui n’auraient certes pas choisi d’être ailleurs que chez eux, si nous avions entrepris d’organiser notre pays, de le rendre accueillant et vivable, de renforcer et développer ses institutions. Alors ? Quand on pense à ces jeunes « martyrs », à qui la faute ?

Hérold, Adine, Erika, Sarah et Stéphane, ainsi que tous les proches et amis de Dania, ne comprendront et n’accepteront jamais sa brutale disparition. Mais il importe qu’ils puisent dans leur amour pour elle la force de se redresser afin de préserver du désespoir d’autres Dania. Il faut qu’ils soient convaincus que Dania les aimait, tout aussi bien, et qu’elle ne souhaitait pas forcément qu’ils soient aussi malheureux à son départ.

L’important aujourd’hui est d’aller au-delà de cette disparition, de décoder les messages qu’elle comporte et d’en tirer de justes motifs pour la poursuite de nobles combats en faveur de la jeunesse et du pays.

Dania sera alors toujours présente parmi nous : l’éclat de sa beauté éclairera le chemin ; sa candeur nous ramènera à l’innocence ; sa force d’aimer brisera nos rancoeurs perpétuelles. La disparition de Dania doit nous inviter à célébrer l’amour vrai, la loyauté, la sincérité. Elle nous convie à prendre garde à la fragilité des âmes et des cœurs.

A Hérold et Adine : courage, force et détermination, par-delà la douleur et le désespoir !

Marvel Dandin,
au nom de toute l’équipe de Radio Kiskeya, particulièrement de : Liliane Pierre Paul et de son époux Anthony Barbier ; de Stéphane Pierre Paul ; de Mme veuve Léontus Pierre Paul ; de Harold Isaac junior ; de Mme veuve Sony Bastien ; de Mme Yanick Guiteau Dandin.

N.B. La dépouille mortelle de Dania Jean François, retrouvée morte le 5 octobre dernier dans son appartement à Montréal, sera ramenée au pays le mardi 14 octobre prochain. Les funérailles seront chantées le samedi 18 octobre à Parc du Souvenir (Torcelles) où elle sera inhumée.