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Vie chère : Des manifestants paralysent les Cayes et les Gonaïves

Les troisième et quatrième villes d’Haïti secouées par le réveil brutal de centaines de citoyens incapables de faire face à la flambée des prix et furieux contre les autorités ; réunion d’urgence du gouvernement Préval/Alexis après de violentes scènes de pillage ayant fait des blessés aux Cayes

Publié le jeudi 3 avril 2008

Des centaines de personnes manifestant violemment contre la cherté ce la vie se livraient à des scènes de pillage dans la ville des Cayes (196 km au sud de Port-au-Prince) où toutes les activités étaient paralysées et des blessés enregistrés tandis qu’aux Gonaïves (171 km au nord de la capitale) un autre mouvement de protestations a contraint les écoles à fermer leurs portes, ont constaté les correspondants de Radio Kiskeya.

Dans la métropole du Sud, plusieurs personnes ont été blessées à coups de pierre dans des échauffourées entre deux groupes de manifestants opposés ou favorables au pillage de dépôts de produits alimentaires et de véhicules transportant des marchandises comestibles comme le riz. Ces scènes se déroulaient sous les regards impuissants des agents de la Police Nationale incapables de stopper une foule qui n’avait cessé de grossir au fil des minutes.

Les protestataires n’hésitaient pas à s’en prendre aux autorités, accusant notamment le Président René Préval de les laisser mourir de faim. Ils ont également dénoncé des commerçants locaux qui seraient responsables de la hausse constante des prix des produits de première nécessité.

Des véhicules ont été endommagés et des barricades de pneus enflammés érigées dans différents quartiers des Cayes dont Quatre Chemins, l’entrée principale de la ville.

Les écoles, le commerce, l’administration et le transport public étaient paralysés.

Ce mouvement lancé à l’instigation d’un regroupement dénommé Plate-Forme des organisations de la savane, a créé depuis mercredi soir une forte tension dans la Cité Philippe Guerrier généralement calme.

Aux Gonaïves, rampe de lancement traditionnelle de toutes les révoltes populaires de l’histoire du pays, des manifestants protestaient également contre la détérioration des conditions socioéconomiques de la population. En colère contre les autorités, ils exigeaient une baisse significative du coût de la vie et la réfection par le ministère des travaux publics des rues de la ville en piteux état et à l’origine de graves accidents de la circulation.

Les manifestants ont forcé les écoles de la Cité de l’indépendance à fermer leurs portes, entraînant dans leur sillage un certain nombre d’élèves.

Des incidents auraient également fait des blessés parmi les écoliers.

Parallèlement, une autre manifestation était prévue à Port-au-Prince à l’initiative d’une organisation syndicale alarmée par la gravité de la vie chère, devenue, avec l’insécurité, la principale préoccupation de toutes les couches de la population.

Face à la détérioration subite de la situation dans certaines régions, le gouvernement a convoqué une réunion d’urgence. Des discussions se déroulaient à la mi-journée à la Primature entre les différents membres du cabinet ministériel et le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis dont la politique économique et sociale suscite de nombreuses critiques.

Les mendiants déclarés ou déguisés ont considérablement augmenté dans les principales agglomérations du pays au moment où plus de 70% de la population active est au chômage, selon des experts.

Une métaphore créole inventée par la malice populaire et reflétant parfaitement la cruauté du quotidien des haïtiens est sur toutes les lèvres : "Yon grangou klowòks" (une faim de chlorox), allusion à peine voilée à l’action dévastatrice de ce produit chimique sur l’organisme humain. spp/Radio Kiskeya

Liliane Pierre-Paul éléments Aller à la galerie de Liliane Pierre-Paul