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Décès du célèbre peintre André Pierre : plasticien de la mythologie vodou

Les divinités du panthéon vodou et les réflexions philosophiques n’avaient pas de secret pour lui, l’un des principaux représentants de la peinture haïtienne

Publié le jeudi 6 octobre 2005

Le célèbre peintre haïtien de renommée internationale André Pierre est décédé mardi soir, dans sa résidence à la Croix-des-Missions (nord de Port-au-Prince) à l’âge de 91 ans, a appris Radio Kiskeya de sources proches de sa famille.

André Pierre souffrait ces derniers mois de graves déficiences visuelles, du diabète et d’une grande fatigue qui l’empêchaient de gratifier les visiteurs de ses longues conversations savantes et de pratiquer, conformément à son statut de houngan, les rituels du vodou à travers des cérémonies mystiques bien épicées dans son Lakou de la Croix-des-Missions. Le petit homme philosophe avait délaissé ses pinceaux et son chevalet depuis pratiquement deux ans, parce que la vieillesse et ses maladies perfides commençaient à avoir raison de lui.

Né à Port-au-Prince le 27 juillet 1914, André Pierre, expression parfaite de l’autodidaxie à l’haïtienne, est venu à la peinture à l’âge de 45 ans. Créateur dans l’âme, témoin critique de son temps et interlocuteur au verbe délirant, l’artiste, épargné par les risques d’enfermement de l’académisme, a toujours vécu et exposé pleinement sa vie, sans fard ; n’hésitant pas à raconter ses déboires, la misère matérielle de sa jeunesse au cours de laquelle il savait côtoyer les morts dans les cimetières dont il était co-locataire. Il ne cachait pas non plus son peu de formation classique, une modestie vraie qui rendait encore plus grand son discours philosophique, d’une profondeur surprenante et son art, d’une originalité remarquable. La philosophie d’André Pierre se lisait dans l’univers mythologique de ses toiles, l’exubérance et la personnalité des divinités vodou, le regard en coin d’Erzulie Freda, de Grann Brigitte ou du Général Baron Lacroix. Des personnages qu’il rendait humains et familiers à tous, à travers des représentations iconographiques et graphiques qui faisaient de chacune de ses créations un grand voyage dans la puissance solaire et la succession de mystères des mythes fondateurs de la culture populaire haïtienne.

André Pierre a reçu maintes distinctions prestigieuses et fait l’objet, à plusieurs reprises, de considérations élogieuses de la critique internationale. Décrit sous toutes les coutures et observé à la loupe par le cinéaste haïtien Arnold Antonin dans son film-documentaire intitulé "André Pierre, celui qui peint le bon", le plasticien avait été honoré en août dernier par le ministère de la culture, le Musée d’Art Haïtien du Collège St Pierre, le Centre d’Art, le Centre Pétion Bolivar, la Fondation Connaissances et Libertés (FOKAL) et la Fondation Culture Création pour sa contribution inestimable à l’enrichissement du patrimoine artistique national. Son immense talent et sa carrière fulgurante ont été, il y a quelques années, salués par Radio Kiskeya dans le cadre de son émission-hommage "Artistes à l’honneur".

Le Phrasé de la peinture d’André Pierre passera à la postérité comme un héritage sacré et portera les griffes d’une esthétique d’éternité. spp/RK

Liliane Pierre-Paul éléments Aller à la galerie de Liliane Pierre-Paul