> Actualité > Situation de terreur à Martissant : la population, déterminée à contrer (...)

Situation de terreur à Martissant : la population, déterminée à contrer l’action des bandits, se met à la disposition de la police

Publié le mardi 23 août 2005

Des habitants de divers quartiers de Martissant (banlieue sud de Port-au-Prince), ont lancé lundi un SOS aux autorités pour qu’elles interviennent avec vigueur dans leur zone investie par une horde de bandits lourdement armés.

Ces habitants, jeunes pour la plupart, provenant de la 4ème et de la 5ème avenue Bolosse, font état de la réactivation de groupes armés à la solde du régime de Jean Bertrand Aristide qui avaient élu domicile dans le quartier dénommé « Grand Ravine », toujours dans la zone de Martissant. Il s’agit de ces groupes qui avaient saboté les émetteurs des stations de radio à Boutilliers, en janvier 2004, informent-ils.

« Ils ont probablement fait des morts quand ils ont commencé lundi matin à faire crépiter leurs armes dans divers quartiers », affirment ces personnes faisant référence à un probable raid des bandits dans des zones qu’ils affirment avoir eux-mêmes abandonnées précipitamment.

« Ces individus volent, violent, pillent et tuent », indiquent ces habitants. « Au cours du week-end écoulé, ils ont terrorisé la population, contraignant des personnes de tous les âges et des deux sexes à les suivre dans une zone montagneuse toute proche dans le but évident de les utiliser comme des boucliers humains dans le cas d’une éventuelle intervention de la police et des casques bleus ».

La police et des casques bleus sri-lankais ont effectivement réalisé une intervention dans la zone dimanche. Mais, aucun des présumés bandits n’aurait été appréhendé.

Les habitants de Martissant dénoncent un certain « Ti Lou », inculpé dans l’assassinat du célèbre journaliste Jean Dominique (3 avril 2000), comme l’un des principaux chefs des groupes armés de Martissant. Cet individu figure sur la liste des plus de 400 fugitifs de la spectaculaire évasion du 19 février 2005 du Pénitencier National, le principal centre carcéral de la capitale et même du pays.

Ils font aussi état de la présence, parmi ces bandits, d’éléments des groupes armés mis en déroute dans d’autres quartiers de la capitale, dont le Bel Air et Solino. « Ils sont en possession d’armes ultra-sophistiquées dont ne disposerait pas la police », affirment ces citoyens.

Ils se disent toutefois déterminés à leur opposer la plus farouche résistance, à l’instar de leurs compatriotes du Bel Air et de Solino. Dans ces quartiers en effet, les gens ont résolu de faire face aux bandits qui les terrorisent depuis le 30 septembre 2004, date du lancement officiel de « L’Opération Bagdad » déclenchée en vue d’exiger le retour au pouvoir de Jean Bertrand Aristide. Dans ce cadre, de nombreux actes de lynchage de présumés bandits, condamnés par la police et la mission de l’ONU, ont été enregistrés.

Pour leur part, les habitants de Martissant affirment disposer d’armes rudimentaires, tels machettes, pierres et bâtons. Mais, ils priorisent l’action de la police, « les bandits disposant d’armes de guerre ». Ils se disent prêts à seconder la police, comme ils ont d’ailleurs commencé à le faire lundi, pour débarrasser la zone de ces individus dangereux.

La banlieue sud de la capitale, de Martissant jusqu’à Carrefour, a enregistré ces trois dernières semaines de nombreux cas de meurtre et d’enlèvement. C’est en effet à Martissant que, le 4.août dernier, le directeur d’une succursale d’une banque commerciale privée de la capitale (PROMOBANK), Edison Démétrius, a été tué. Le 9 août,à Carrefour, l’ex-président de la Chambre basse de la 46ème législature, le Dr Kelly Bastien, a été enlevé et libéré 3 jours plus tard contre une forte rançon.

Ces cas et tant d’autres font penser à une éventuelle stratégie des groupes armés visant à multiplier les foyers de tension à la capitale ou à répandre la terreur en divers points à la fois. Une situation préoccupante à plus d’un titre, à moins de 15 jours de la rentrée des classes et à la veille de l’ouverture officielle de la campagne électorale pour le scrutin prévu à la fin de l’année. [jmd/RK]