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Haiti-Presse

7 mai 2018 : 24ème anniversaire de Radio Kiskeya !

Publié le mardi 8 mai 2018

7 mai 2018 : 24 ans aujourd’hui depuis le lancement officiel en 1994 de Radio Kiskeya, dont les studios se trouvaient alors au bas de la rue Pavée, à Port-au-Prince.

Ce fut une décision courageuse et audacieuse des journalistes Sony Bastien, Liliane Pierre-Paul et votre humble serviteur, d’inaugurer cette station en pleine dictature militaire. Mais, Il n’y avait alors aucune alternative à l’expiration imminente du délai légal fixé pour le début des émissions. Il fallait donc se jeter à l’eau. Advienne que pourra, s’était-on dit. Car, nous étions certains que les militaires n’ignoraient guère notre engagement en faveur de la démocratie, de la promotion et de la défense des droits et libertés. On n’était pas tombé de la dernière pluie. On avait déjà mené de nombreuses luttes. On a bien été parmi les grandes victimes de la répression de novembre 1980. Les militaires savaient donc qui nous étions. Mais, à ce moment, ils étaient à la croisée des chemins, ayant pratiquement épuisé toutes les formules de « normalisation » et de sauvetage du coup d’Etat du 30 septembre 1991. Ils étaient presque à la porte de sortie de l’histoire. Notre analyse était correcte. C’était bien le moment de foncer. Et nous l’avions fait.

Cette station a donc pris naissance dans un contexte de luttes sociales et politiques contre les violations de la constitution, des lois, des droits. On comprendra donc qu’elle en fut fortement marquée. L’on ne doit pas, de ce fait, s’étonner que, du lancement à aujourd’hui, nous soyons un rempart contre les atteintes aux libertés de toutes sortes, contre les violations de la Constitution et des lois. Une telle position amène irrémédiablement à d’autres positionnements : nous sommes de ceux qui réclament le respect de la souveraineté nationale, qui assurent la promotion de l’identité nationale (défense de la langue créole, respect du vodou et des expressions culturelles et artistiques populaires) ; nous sommes de ceux qui s’opposent au pillage, à la dilapidation des ressources nationales, qui dénoncent les fléaux de la corruption et de la contrebande, de l’économie de marché libre génocidaire ; nous sommes de ceux qui prônent la tenue d’élections véritablement honnêtes et démocratiques, la transparence dans la gestion de la chose publique, la réelle séparation des pouvoirs, la décentralisation, la réhabilitation de l’environnement, l’éducation de qualité pour tous et la scolarisation obligatoire (et disponible) gratuite, l’accès gratuit aux soins de santé de base.

Epris de tels idéaux, nous sommes aussi, par voie de conséquence, soucieux de voir le pays se développer par l’initiative d’investisseurs nationaux et étrangers avisés, dans le cadre d’un environnement social et juridico-administratif propice aux affaires. Par avisés, nous entendons des investisseurs qui n’ambitionnent pas que leur profit. Des investisseurs qui sont convaincus de la nécessité que l’ouvrier puisse au moins renouveler sa force de travail en bénéficiant de salaires et de conditions de travail satisfaisants. Des investisseurs qui reconnaissent le droit syndical.

Une telle vision nous amène irrémédiablement à penser (ou à rêver) d’une Haïti rutilante de soleil (comme aime à dire Me Danton Léger), une Haïti où il fait bon vivre, où chacun trouve sa place et nourrit l’espoir légitime de prospérer et de construire sa vie. Une Haïti propre et bien administrée que nos jeunes ne voudront plus fuir par milliers pour des rives apparemment plus clémentes.

Sur le plan journalistique ou médiatique, cela se traduit à Kiskeya par une recherche constante de personnes-ressources aptes à aider le public, et nous, à bien appréhender les problèmes afin de leur trouver des solutions adéquates.

Notre vision se traduit aussi par la création d’émissions de qualité sur différentes thématiques essentielles.

Dans la même optique, nous assurons la promotion de musiques locales qui prêchent l’amour du pays, sa grandeur et ses beautés.

En dépit de nos convictions et de notre combativité sans cesse renouvelée, nous restons ouverts et tolérants. Nous pratiquons l’humilité et la sagesse, dans la rigueur la plus absolue. Mais nous sommes aussi plus que jamais conscients qu’il faille encore disposer d’autres atouts que la crédibilité et la fidélité à la ligne tracée dès le départ, pour continuer à conduire l’entreprise dans un environnement social et macro-économique de plus en plus précaire et délétère. Sans faillir, sans désemparer, nous devons explorer et investir d’autres champs économiques, financiers et technologiques pour conduire la barque à bon port, pour lutter contre notre étranglement. Il nous faudra, dans cette perspective, renforcer notre compétitivité dans le champ médiatique, recourir à plus de créativité mais aussi et surtout mieux profiter de nos relations avec le grand public, pour obtenir le support, la solidarité, de la partie saine de la société haïtienne de l’intérieur et de la diaspora, que nous voulons renforcer. C’est dans ce cadre que nous lançons la rafle du 25e anniversaire avec des primes alléchantes.

Souffrez que nous n’entrons pas, aujourd’hui, dans trop de détails concernant les embûches et les difficultés actuelles. Il y en a qui nous concernent directement, tout en s’étendant au secteur de la presse auquel nous appartenons, dans un contexte de continuité de ce système économique et politique archaïque. Mais, il y en a d’autres qui, tout en nous affectant, touchent le pays en général et menacent sa survie à plus ou moins brève échéance. S’il faut quand-même être quelque peu explicite, citons l’impunité par rapport aux crimes financiers dont le dossier Petro Caribe constitue une illustration typique ; l’inefficacité sempiternelle du système judiciaire ; l’aggravation constante de la situation économique ; la détérioration accélérée de l’environnement ; l’approfondissement de la perte des valeurs morales à tous les niveaux de l’échelle sociale, jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat où l’on tolère et entretient les pratiques obscènes ; sans omettre le replâtrage du système militaro-répressif avec les ressources de la vieille garde. Enfin, la crise affecte aussi l’intégrité des médias où, visiblement, la corruption fait des ravages, ainsi que la médiocrité et le manque de professionnalisme. A cela, il faut ajouter la désintégration des secteurs politiques dits démocratiques et populaires et la faiblesse maintenant endémique de la société civile organisée.

Un triste tableau, donc. Renforcé par le spectre des éventuelles prochaines mesures d’augmentation des prix des produits pétroliers et de la fin de la subvention d’Etat à l’EDH. Inquiétantes perspectives. A ce sombre tableau s’ajoute la disparition de notre confrère Vladjimir Legagneur survenue malgré les sérieux acquis obtenus de haute lutte en matière de préservation de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en général.

Tous ces problèmes ne nous porteront pourtant pas au découragement et à la démission. Nous partons résolument vers le quart de siècle !

Nous avons, à l’occasion du 24e anniversaire, une pensée spéciale envers Sony Bastien dont le 2 juin prochain ramènera le 10e anniversaire de la disparition. Son sens de la créativité et sa combativité à toute épreuve nous font encore défaut. Nous avons une pensée spéciale également à l’endroit de tous nos autres collaborateurs et collaboratrices partis prématurément vers l’Orient éternel.

Aujourd’hui plus que jamais le combat continue. Mais, nous le mènerons davantage avec vous.

En mon nom personnel, au nom des deux autres membres du Conseil d’Administration Marie-Claudette Pasquet Bastien et Marie Liliane Pierre-Paul, au nom de toute l’équipe, je vous remercie de votre fidélité. Merci également de celle de nos commanditaires, surtout ceux d’entre eux qui ne nous ont jamais lâchés dans les moments les plus difficiles.

Ensemble, partons vers un 1er quart de siècle radieux en continuant allègrement à oeuvrer en vue du réveil national !

Marvel Dandin, 7 mai 2018.