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Cap-Haitien : Quid de la « fierté christophienne » ?

Publié le vendredi 1er septembre 2017

Qui l’eût dit, qui l’eût cru ?

La prestigieuse Cité « christophienne », l’ancien Cap français, notre Cap-Haitien, aujourd’hui en guenilles, couverte d’immondices pestilentielles, submergée par des hordes de marchands ambulants, hantée par le ronronnement insupportable et même nocif des motos arpentant les rues dans tous les sens.

Pourtant, le Cap avait la réputation d’une ville propre, paisible et accueillante.

Par les monuments et les sites historiques qui l’avoisinent ; par tous les édifices de l’époque coloniale qu’elle abrite encore et qui font d’elle une ville-patrimoine par excellence, cette ville était pourtant naturellement dédiée à une vocation touristique. De fait, elle le fut pendant longtemps.

Mais, aujourd’hui, comment demander à un touriste, qu’il fût local ou d’origine haïtienne, de venir contempler le spectacle hideux qu’offre la seconde ville du pays ?

L’absence de l’autorité au Cap, comme ailleurs dans le pays, est patente. Les gens sont livrés à eux-mêmes et vaquent à leurs activités sans se préoccuper de l’environnement et des règles d’urbanisme. C’est à l’Etat qu’il revient de définir les règles relatives à l’occupation des espaces et à leur utilisation. Pas aux gens. L’inexistence d’une politique de population se révèle ainsi dans toute son acuité avec l’explosion démographique qu’on constate dans tout le pays. Il est évident que la population actuelle du Cap dépasse celle pour laquelle la ville avait été créée. Il en résulte que la pression de celle-ci est forte sur les infrastructures. L’occupation de l’espace se fait aussi de façon anarchique et met constamment au défi les rares structures de contrôle et de réglementation.

Pourtant, en sillonnant la grand-rue, on voit, par les banderoles de propagande qui la surplombent, que les autorités existent bel et bien. Telle banderole commanditée par tel sénateur ou tel député, souhaite bonne fête à la ville à l’occasion de la Notre-Dame, le 15 août dernier. Mais, que font ces « honorables » parlementaires face à la dégradation de la ville et de ses zones environnantes ?

Il n’y a pas que la ville dont l’état est déplorable. La route menant à la ville, à partir de Puilboreau, est dans un état désastreux. C’est l’occasion d’attirer l’attention sur les « opérations saupoudrage » telles qu’il semble être aujourd’hui le cas dans le Sud avec les asphaltages-éclair de tronçons routiers et de rues.

Suite à une opération du même type réalisée à l’occasion du Carnaval Tèt Kale au Cap-Haitien en 2013, la route menant à la ville était des plus confortables. Mais vu que des travaux de drainage n’avaient pas été entrepris selon les normes, le « revêtement politique » d’asphalte a été vite emporté, comme on le constate aujourd’hui. Plus que l’asphalte, c’est aussi beaucoup d’argent qui a été ainsi emporté.

Méfiez-vous donc des « opérations politiques » de construction ou de réfection d’ouvrages d’infrastructures. Opérations trompe-l’œil, bien souvent…

Ce serait tout de même injuste de ne blâmer que les autorités concernant la dégradation de la ville historique du Cap.

« Les gens du Nord » si fiers et arrogants, ou pédants la plupart du temps, sont à blâmer. Comment peuvent-ils rester aussi amorphes face au dépérissement de la ville du Cap, ce joyau de notre histoire de peuple insoumis et orgueilleux ? Ne se reconnaissent-ils plus en Henri Christophe, le Roi bâtisseur et grand organisateur s’il en est ? Les capois se rendent-ils compte du risque qu’ils courent à continuer à être indifférents au sort de leur ville menacée constamment par un séisme qui pourrait être fatale ?

Les « bourgeois » du Cap sont aussi à plaindre. Comment peuvent-ils investir dans l’hôtellerie et rester aussi indifférents face à l’état d’insalubrité de la ville ? Croient-ils que le tourisme s’y développera dans ces conditions ?

Qu’en est-il de la responsabilité des secteurs politiques, professionnels et religieux de la ville face à son piteux état ?

Enfin, à regarder les choses de près, on se questionne non seulement sur l’avenir du Cap, mais sur celui de tout le pays compte tenu de l’amateurisme et du « lese-grennen » général qui caractérisent la gouvernance en Haïti.

Quel beau pays Haïti serait si les dirigeants étaient à la hauteur de leurs responsabilités et que la population exerçait pleinement sa citoyenneté !

Marvel Dandin
1er Septembre 2017