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Haïti-Editorial

LA CONTRE-ATTAQUE…

Publié le lundi 13 juin 2016

La communauté internationale qui s’était toujours opposée à la vérification des élections entreprend de reprendre l’initiative suite à l’échec de « ses élections » en discréditant le rapport de la Commission Indépendante d’Evaluation et de Vérification Electorale (CIEVE) et en rejetant le calendrier électoral récemment publié par le Conseil Electoral Provisoire (CEP).

1-La Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne (MOE/UE) a, la première, lancé la pierre en désapprouvant les conclusions du rapport de la CIEVE. Par la suite, le Département d’Etat a déploré que le CEP les ait entérinées avant de publier un calendrier trop long à son avis.

L’Espagne est venue à son tour jeter son dévolu sur le rapport de la CIEVE. Pourtant, la vérification a été transparente et s’est déroulée en présence d’observateurs étrangers et des représentants de partis politiques, à l’exception certes du PHTK qui n’avait voulu rien entendre de la vérification électorale

2-Des partisans du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK) ont manifesté à Trou du Nord (Nord-Est) et à Port-au-Prince (Ouest). Des pierres ont été lancées contre les bureaux de Me Jean Henry Céant et de son allié politique Camille Leblanc. S’agirait-il de l’option de la violence ?

3-Outre l’érection de barricades enflammées sur diverses artères de la capitale, des stations d’essence ont été incendiées. Des tirs nourris ponctuent le silence des nuits à Port-au-Prince. S’agirait-il d’un autre volet de l’option de la violence ?

Le gouvernement condamne ces actes et annonce la suspension des permis de port d’armes à feu. Quelle efficacité d’une telle mesure quand on sait que ceux qui détiennent des armes illégales ne s’en sentiront pas concernés et que, comble de paradoxe, ce sont les paisibles citoyens non-détenteurs de permis de port d’armes et ceux qui en sont légalement détenteurs qui vont faire les frais de la violence et de l’insécurité ? Si, au moins, la police nationale pouvait démontrer qu’elle assure pleinement la sécurité par des actions et des contrôles appropriés, de même que par une visibilité marquée dans les rues, les citoyens se sentiraient moins désemparés.

4- A l’instar des étrangers, le PHTK publie son analyse critique du rapport de la CIEVE et, comme l’on devrait s’y attendre, le parti de Michel Martelly rejette les conclusions de celui-ci.

5-Sur ces entrefaites, Evans Paul, son parti Konfederasyon Inite Demokratik (KID), le PHTK et le Consortium des partis politiques lancent l’opération « Depoze Privert » en formant la coalition « Entente Démocratique » (ED). Dans le même temps, leurs partisans au Parlement proclament que Jocelerme Privert devra s’en aller, que l’Assemblée Nationale se tienne ou non.

Ces 5 points représentent les « éléments publics » de la stratégie nationale et internationale de contre-attaque contre la gifle que leur a infligée le rapport de la CIEVE. Nous disons des « éléments publics car, on devine que des pressions sont toujours exercées dans les coulisses et que l’international est constamment omniprésent.

Face à cette situation, les plus pessimistes pensent déjà à une entreprise de grande envergure mise en place par des « services » étrangers, soutenue par des « agents et des laquais locaux ». Une sorte de « remake » des grandes opérations de déstabilisation auxquelles on a déjà assisté dans plusieurs pays et, notamment, en Amérique-Latine et en Amérique centrale ? Les enjeux seraient donc vraiment de taille, en Haïti. Ne devrait-on pas, finalement, se laisser convaincre par ceux qui persistent à soutenir que l’étranger n’a d’autre objectif que de placer des laquais ou des dirigeants faibles à la tête du pays de sorte qu’il puisse aisément faire main basse sur nos importantes ressources minières ?

Compte tenu de la tournure prise par les événements, quelle devrait être l’attitude de ceux qui se disent en faveur d’élections honnêtes et crédibles et de l’établissement d’une démocratie véritable en Haïti ?

A-La position de Jean Hector Anacacis (LAPEH) d’un second tour de la présidentielle avec les 3 premiers des résultats du CEP/Opont, n’est certes pas sérieuse et ne saurait amener à autre chose qu’à plus de divisions et à la perte de toute crédibilité des secteurs qui avaient systématiquement exigé la vérification électorale. Certes, il inscrit cette formule dans le cadre d’un compromis historique entre les partis politiques. Mais, qui des partis et de leurs leaders va admettre n’avoir d’emblée aucune chance de remporter l’élection du 9 octobre ? Qui d’entre eux va accepter qu’on les écarte aussi facilement au profit de 3 candidats qui n’ont aucun moyen de prouver qu’ils soient effectivement les 3 premiers de la course ?

B-Il est clair, qu’à défaut d’aboutir à la reprise de toutes les élections, l’objectif devrait être d’obtenir que celles qui vont être réalisées soient globalement acceptables. Le CEP ne devrait donc pas être laissé dans la position d’être seul maitre à bord.

C-Se rendre encore en bandes dispersées aux élections, comme les autres fois, c’est encore faire le jeu des ennemis haïtiens et étrangers d’Haïti qui disposent d’énormes moyens pour imposer leurs candidats. La capacité de développer des alliances doit se développer. Tout doit être entrepris afin de réduire le nombre des candidats.

D- Aller aux élections sans que les auteurs et les bénéficiaires des fraudes soient sanctionnés, sans que l’appareil électoral soit nettoyé, sans que des redressements majeurs soient opérés au sein de la police et de la justice, sans que le registre électoral soit actualisé, constitue un énorme risque, pour ne pas dire une aventure pure et simple.

E-Par-dessus tout, il faut s’opposer à l’arrivée sur la scène d’un nouveau président provisoire qui va tout remettre en question. Il faudrait faire en sorte que le Parlement, majoritairement acquis à la cause du PHTK et de l’International, ne soit pas seul dans les décisions cruciales qui seront prises à l’échéance du mandat de Privert le 14 juin.

L’heure n’est donc plus aux vaines palabres et aux rivalités stériles. La situation est grave et mérite que ceux qui prétendent pouvoir diriger le pays fassent preuve d’intelligence, de sens du dépassement de soi, de patriotisme et de vision salvatrice.

Tout ceci étant dit, il importe à présent de souligner que l’option de la poursuite et même de l’approfondissement du chaos peut être l’une des perspectives retenues par la communauté internationale. Dans l’attente de trouver une issue à la crise qui lui soit convenable, l’international peut avoir décidé de laisser la situation se détériorer en se réservant de pouvoir continuer à en assurer l’arbitrage par son argent et par le dispositif militaro-administratif mis en place via la MINUSTAH.

Dans ce cadre, le risque potentiel de guerre civile n’effraie aucunement l’international. Il s’évidente que l’option de « déposer » Privert peut nous y amener plus tôt que nous ne le pensons. Les « Tèt Kale » surestimeraient probablement leur force à ce sujet s’ils envisageraient de recourir à la violence pour « déposer » Privert. Car, il ne faut certainement pas prendre pour des « enfants de chœur » les lavalassiens, les « Pitit Dessalines », certains affidés de Préval et de Jude Célestin, pour ne citer que ceux-là. Faut-il être grand clerc pour savoir qu’ils sont déjà les alliés directs et indirects de Jocelerme Privert et qu’ils n’accepteront point qu’il soit remplacé par un proche du PHTK ?

L’été risque d’être chaud si l’option du compromis entre les haïtiens n’est pas privilégiée et qu’ils continuent à se laisser tirer les ficelles par les étrangers, les politiciens véreux et limités, les mafieux, les contrebandiers et les hommes de sac et de corde.

Marvel Dandin