> Editoriaux > « KALFOU DANJERE » : A QUELQUES PAS DU GOUFFRE !

Haïti-Editorial

« KALFOU DANJERE » : A QUELQUES PAS DU GOUFFRE !

Publié le dimanche 10 janvier 2016

Jude Célestin tient encore… Jusqu’à quand ? Serait-il, contre toute attente, un homme de caractère ? De conviction ?

L’interrogation n’a rien de stupide. Elle s’explique par le fait que la faune politique actuelle a fini par ôter toute illusion aux uns et aux autres sur sa capacité à défendre les intérêts nationaux. Des doutes se sont accumulés sur la sincérité des uns et l’honnêteté des autres. On se plait à rire d’eux quand on ne les plaint tout simplement. L’homme de la rue qui, en principe, n’est pas censé être grand clerc en politique, a fini par les démasquer : des individualistes forcenés, des vendeurs de patrie, des entrepreneurs politiques, des alliés objectifs des centres et des instances nationaux et internationaux rompus dans l’art de diviser les haïtiens pour mieux les dominer et les asservir. Voilà ce qui se dit, dans la rue, de nos politiciens tonitruants. Certes, de notre angle d’observation, nous devons être plus cléments en exemptant X ou Y de cette réprobation générale. Mais, il faut admettre que pour ce faire, nous devrons être généreusement condescendants et fortement complaisants.

C’est dire que la classe politique actuelle, l’opposition en particulier, ne mérite pas des palmes.

PAS DE PALMES

- Pas de palmes pour s’être laissé piéger par Martelly et la communauté internationale dans des élections pour la préparation desquelles aucune garantie n’avait été offerte ;

- Pas de palmes, pour n’avoir pas tout entrepris pour bloquer la machine après la catastrophe électorale du 9 août ;

- Pas de palmes, pour s’être présentée aux élections du 25 octobre sans la résolution du dossier du 9 août ;

- Pas de palmes, pour n’avoir pas eu l’intelligence de découvrir à temps la stratégie astucieuse des « voteurs » mandataires et observateurs ;

- Pas de palmes pour l’opposition, du fait qu’elle s’est présentée en ordre dispersé aux élections et n’a jamais pu se regrouper pour s’y opposer ou tenter de les remporter.

- Il n’y a pas de palmes également pour l’opposition en raison de son grave déficit de vision et de perspectives tenant compte des problèmes fondamentaux de la population. En effet, celle-ci se cherche désespérément dans les discours des « leaders », des « opérateurs politiques », comme on se plait à les appeler aujourd’hui. Leurs slogans sont creux. Ils laissent le peuple indifférent. D’où, la facilité avec laquelle la propagande officielle sème la confusion. D’autant que, homme de scène, « Sweet Micky » maitrise certaines techniques oratoires et discursives.

RISQUE D’APOCALYPSE

Toutes les tares et les déficiences de l’opposition décrites plus haut ne devraient pourtant pas réjouir la « Banane ». Car, l’imposition de Jovenel Moïse, par suite du retrait probable de Jude Célestin, ne profitera ni à lui-même, ni à Martelly, ni à la communauté internationale et encore moins au pays. Ce sera un sérieux coup d’accélérateur à l’instabilité politique. A moins que ce soit le but recherché. Il faut peut-être voir les choses sous cet angle et tenter d’analyser, un de ces jours, l’hypothèse d’une stratégie de crise permanente, de chaos systématique pour Haïti. A quoi cela devrait-il correspondre ? Pour s’assurer de la possession ou de la sauvegarde, à titre de réserve stratégique, des importantes ressources minières d’Haïti, faudrait-il que, jamais, le pays ne soit stable et n’entreprenne sérieusement de se développer ? Pour cela, faudrait-il que le pouvoir soit toujours confié à des antinationaux, à des truands, à des despotes ? Et qu’il n’y ait jamais d’élections libres, honnêtes et démocratiques ? Ce serait la raison des élections frauduleuses du 22 septembre 1957 ? Celle de la présidence à vie décrétée en 1964 ? Celle du massacre de novembre 1987 ? Celle du coup d’Etat de 1991 ? Celle des élections truquées de l’année 2000 ? La raison des élections sous contrôle international de 2006 et de 2010-2011 ?

Intéressantes pistes d’analyse en relation avec la théorie du chaos comme option stratégique…

L’éventuelle accession de la « Banane » au pouvoir se fera dans un contexte économique difficile, différent de celui dans lequel le « musicien » avait pris le maillet. Car, en 2011, il y avait non seulement les fonds et les projets laissés par Préval à Jude Célestin dont il escomptait la victoire aux élections, mais il y avait aussi tout le dispositif post-séisme de l’aide internationale via les ONG. Il y avait aussi PetroCaribe, juteux, « an penpan » !

- Les données sont tout autres aujourd’hui avec non seulement un taux d’inflation de 10.9% (contre 4.1% en 2011), mais aussi un taux de 58 gourdes pour un dollar. Cette situation coïncide avec le risque de remise en question de la « manne » de Petro Caribe avec la montée de l’opposition au Parlement vénézuélien.

- Le « BLAN », qui pousse apparemment « au respect » des échéances constitutionnelles du 11 janvier et du 7 février, mais qui s’était royalement tu pendant les 4 années au cours desquelles Martelly n’avait pas voulu d’élections, est-il prêt à financer massivement un « président » victorieux par forfait ? D’autant que, très probablement, les caisses seront vides au moment du départ de l’actuelle frange de « Bandits légaux… »

- Le manque de légitimité de la « Banane » lui permettra-t-elle de faire face à la grogne sociale qui s’annonce dès les premiers mois de son éventuel « mandat » dans un contexte où, par la force des choses, l’opposition sera unie face au « despote végétal », tel qu’il méritera d’être dénommé ?

- Va-t-il falloir rétablir l’armée « KRAZE ZO » ou militariser la PNH, rouvrir Fort Dimanche, pour faire face à la contestation sociale ? Le « BLAN » et les Casques bleus de l’ONU se mêleront-ils de la partie pour réduire au silence les mécontents des villes et de la campagne ? Ces derniers utiliseront-ils davantage « l’arme chimique du choléra » pour décimer la population nuisible ?

Le « LABORATOIRE » évoqué par certains en maintes occasions, semble n’avoir rien préparé de bon pour Haïti. Les nuages sont particulièrement gris avec la probable accession au pouvoir d’un président « fabriqué de toutes pièces » et l’entrée en fonction d’un Parlement truffé de « bandits légaux », qui ne manqueront pas d’exercer leur métier de truand au détriment des intérêts nationaux. Mais, et encore Mais…Cela étonnerait que la CONTESTATION ne soit pas au rendez-vous. A BON ENTENDEUR SALUT !

Marvel Dandin